‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 144 sur 285 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Et démens un soupçon qu'un soupir t'a donné.

L'amour en mes paicils n est Jamais excusable; Pour peu qu'on s'examine, on s'en tient méprisable, On s'en hait; et ce mal, qu'on n'ose découvrir, Eait encor plus de peine à cacher qu'à souffrir : Mais t'en faire l'aveu, c'est n'en faire à personne; La part que le respect, que l'amitié t'y donne. Et tout ce que le sang en attire sur toi.

T'imposent de le taire une éternelle loi.

J'aime, et depuis dix ans ma ilamme et mon silence Font à mon triste cneur égale violence :

J'écoute la raison, j'en goûte les avis, Et les mieux écoutés sont les plus mal suivis. Cent fois en moins d'un jour je guéris et retombe; Cent fois je me révolte, et cent fois je succombe: Tant ce calme forcé , que j'étudie en vain , Près d'un si rare objet s'évanouit soudain!

JUSTINE

Mais pourquoi lui donner vous-même lu couronne. Quand à son cher Léon c'est donner sa personne?

M.*RTIAN.

Apprends que, dans un âge usé comme le mien.

Qui n ose souhaiter ni même accepter rien.

L'amour hors d'intérêt s'attache â ce qu'il aime. Et, n'osant rien pour soi, le sert contre soi-même.

.lUSTINV.

N'ayant rien prétendu, de quoi 50upireK-\ous '

MAIt.TI.\>.

Pour ne prétendre rien on n'est pas moina jalou.x; Et ces désirs, qu'éteint le déclin delà vie,

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N'empêchent pas de voir avec un cjeil d'envie, Quand on est d'un mérite à pouvoir faire honneur, Et qu'il faut qu'un autre âge emporte le bonheur. Que le moindre retour vers nos belles iannées Jette alors d'amertume en nos âmes gênées!

Que n'ai-je vu le jour quelques lustres plus tard! Disois-je; en ses bontés peut-être aurois-je part. Si le ciel n'opposoit auprès de la princeslse A l'excès de l'amour le manque de jeunesse; De tant et tant de cœurs qu'il force à l'adorer Devois-je être le seul qui ne pût espérer?

J'aimois quand j'étois jeune, et ne déplaisois guère Quelquefois de soi-même on cherchoit à me plaire; Je pouvois aspirer au cœur le mieux placé :

Mais, hélas! j'étois jeune, et ce temps est passé; Le souvenir en tue, et l'on ne l'envisage Qu'avec, s'il le faut dire, une espèce de rage ; On le repousse, on fait cent projets superflus : Le trait qu'on porte au cœur s'enfonce d'autant plus; Et ce feu, que de honte on s'obstine à contraindre, Redouble par l'effort qu'on se fait pour l'éteindre.

JUSTINE

Instruit que vous étiez des maux que fait l'amour. Vous en pouviez, seigneur, empêcher le retour, Contre toute sa ruse être mieux sur vos gardes.

MARTIAN

Et l'ai-je regardé comme tu le regardes.

Moi, qui me figurois que ma caducité

Près de la beauté même étoit en sûreté?

Je m attachois sans crainte à servir la princesse,

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