‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 148 sur 285 · ACTE II, SCÈNE II. 25i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 25i

Où nos yeux se sont faits quinze ans sons Théodose : C'étoit un prince foible, un esprit mal tourné; Cependant avec elle il a bien gouverné.

ASPAR

Cependant nous voyons six généraux d'armée Dont au commandement l'ame est accoutumée.

Voudront-ils recevoir un ordre souverain De qui l'a jusqu'ici toujours pris de leur main? Seigneur, il est bien dur de se voir sous un mattre Dont on le fut toujours et dont ou devroit l'être.

MAHT1A>.

Et qui m'assurera que ces six généraux

Se réuniront mieux sous un de leurs égaux!'

Plus un pareil mérite aux grandeurs nou."! appelle.

Et plus la jalousie aux grands est naturelle.

ASPAR

Je les tiens réunis, seigneur, si vous voulez.

Il est, ii est encor des noms plus signalés :

J'en sais qui leur plairoientj et, s'iHous faut plus dire.

Avouez-en mon zèle, et je vous fais élire,

MARTI AN

Moi, seigneur, dans un âge oiila tombe m'attend! Un maître pour deux jours n'est pas ce qu'on prétend. Je sais le poids d'un sceptre, et connois trop mes forces Pour être encor sensible à ces vaines amorces. Les ans, qui m'ont usé l'esprit comme le corps, Abattroient tous les deux sous les moindres eflbrts; Et ma mort, que par là vous verriez avancée.

Rendroità tant d'égaux leur première peuséc.

Et feroit une triste et prompte occasion

252 PULCHÉRIE

De rejeter Fétat dans la division.

ASPAR

Pour éviter les maux qu on en pourroit attendre Vous pourriez partager vos soins avec un gendre , L'installer dans le trône, et le nommer César.

MARTIAN

Il faudroit que ce gendre eût les vertus d'Aspar; Mais vous aimez ailleurs, et ce seroit un crime Que de rendre infidèle un cœur si magnanime.

ASPAR

J'aime et ne me sens pas capable de changer; Mais d autres vous diroient que, pour vous soulager, Quand leur amour iroit jusqu'à Fidolâtrie, Ils le sacrifieroient au bien de la patrie.

JUSTINE

Celles, qui m'aimeroit pour le bien de Fétat Ne me trouveroit pas, seigneur, un cœur ingrat, Et je lui rendrois grâce au nom de tout Tempire : Mais vous êtes constant; et, s'il vous faut plus dire, Quoi que le bien public jamais puisse exiger. Ce ne sera pas moi qui vous ferai changer.

MARTIAN

Revenons à Léon. J'ai peine à bien comprendre Quels malheurs d'un tel choix nous aurions lieu d'atten< Quiconque vous verra le mari de sa sœur.

S'il ne le craint assez, craindra son défenseur; Et, si vous me comptez encor pour quelque chose. Mes conseils agiront comme sous Théodose.

ASPAR

Nous en pourrons tous deux avoir le démenti.

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