‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 167 sur 285 · ACTE IV, SCÈNE II. a8i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. a8i

PULCilÉDIL.

Je l'ainie, et sa personne à mes yeux est bien chère ; Mais, si le ciel pour lui n'inspire le séuat, Je sacrifierai tout au bonheur ilc l'état.

IliÉKK.

Que pour vous imiter j'auiois lame ravie

D'iinuioler à l'état le bonheur de ma vie!

Madame, ou Je Léon faites-nous un César,

Ou portez ce grand choix sur le fameux Aspar :

Je 1 aime, et feroîs {■toire, en dépit de ma flamme,

De faire un maître à tous de celui de mou ame;

Et, pleurant pour le l'rère en ce grand changement ,

Je m'en consolerois à voir régucr l'amant.

Des deux tètes qu'au monde on me voit les plus chères

Elevez l'une ou l'autre au trône de vos pères;

Daignez

l'IJLCni'lHlK.

Aspar seroit digne d'un tel honneur, Si vous pouviez, Irène, un peu moins sur son cœur. J'aurois trop à rougir, si, sous le nom de femme. Je le faisois régner Sims régner dans son ame: Si j'en avois le titre, et vons tout le pouvoir, Kt qu'entre nous ma cour partageât son devoir.

Ne l'appréhendez pas; de quelque ardeur qu'il m'aime , 11 est plus à l'état, madame , qu'à lui-même.

PULCHÉniE.

Je le crois comme vous, et que sa passion

Regarde plus l'étal que vous, moi, ui Léon.

C'est vous entendre. Irène, et vous parler .sans feindre ■.

38a PULCHÉRIE.

Je vois ce qu il projette, et ce qu il en faut craindre. L'aimez- vous?

IRÈNE

Je Taimai quand je crus qu il m'aimoil Je voyois sur son front un air qui me charmoit : Mais y depuis que le temps m'a fait mieux voir sa flam J'ai presque éteint la mienne et dégagé mon ame.

PULCHÉRIE

Achevez. Tel qu'il est voulez-vous l'épouser?

IRÈNE

Oui, madame, ou du moins le pouvoir refuser.

Après deux ans d'amour il y va de ma gloire :

L'affront seroit trop grand, et la tache trop noire,

Si, dans la conjoncture où l'on est aujourd'hui ,

Il m'osoit regarder comme indigne de lui.

Ses desseins vont plus haut; et voyant qu'il vous aim(

Bien que peut-être moins que votre diadème.

Je n'ai vu rien en moi qui le pût retenir;

Et je ne vous Toffrois que pour le prévenir.

C'est ainsi que j'ai cru me mettre en assurance

Par l'éclat généreux d'une fausse apparence :

Je vous cédois un bien que je ne puis garder,

Et qu'à vous seule enfin ma gloire peut céder.

PULCHÉRIE

Reposez-vous sur moi. Votre Aspar vient.

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