ACTE IV, SCÈNE II. a8i
PULCilÉDIL.
Je l'ainie, et sa personne à mes yeux est bien chère ; Mais, si le ciel pour lui n'inspire le séuat, Je sacrifierai tout au bonheur ilc l'état.
IliÉKK.
Que pour vous imiter j'auiois lame ravie
D'iinuioler à l'état le bonheur de ma vie!
Madame, ou Je Léon faites-nous un César,
Ou portez ce grand choix sur le fameux Aspar :
Je 1 aime, et feroîs {■toire, en dépit de ma flamme,
De faire un maître à tous de celui de mou ame;
Et, pleurant pour le l'rère en ce grand changement ,
Je m'en consolerois à voir régucr l'amant.
Des deux tètes qu'au monde on me voit les plus chères
Elevez l'une ou l'autre au trône de vos pères;
Daignez
l'IJLCni'lHlK.
Aspar seroit digne d'un tel honneur, Si vous pouviez, Irène, un peu moins sur son cœur. J'aurois trop à rougir, si, sous le nom de femme. Je le faisois régner Sims régner dans son ame: Si j'en avois le titre, et vons tout le pouvoir, Kt qu'entre nous ma cour partageât son devoir.
Ne l'appréhendez pas; de quelque ardeur qu'il m'aime , 11 est plus à l'état, madame , qu'à lui-même.
PULCHÉniE.
Je le crois comme vous, et que sa passion
Regarde plus l'étal que vous, moi, ui Léon.
C'est vous entendre. Irène, et vous parler .sans feindre ■.
38a PULCHÉRIE.
Je vois ce qu il projette, et ce qu il en faut craindre. L'aimez- vous?
IRÈNE
Je Taimai quand je crus qu il m'aimoil Je voyois sur son front un air qui me charmoit : Mais y depuis que le temps m'a fait mieux voir sa flam J'ai presque éteint la mienne et dégagé mon ame.
PULCHÉRIE
Achevez. Tel qu'il est voulez-vous l'épouser?
IRÈNE
Oui, madame, ou du moins le pouvoir refuser.
Après deux ans d'amour il y va de ma gloire :
L'affront seroit trop grand, et la tache trop noire,
Si, dans la conjoncture où l'on est aujourd'hui ,
Il m'osoit regarder comme indigne de lui.
Ses desseins vont plus haut; et voyant qu'il vous aim(
Bien que peut-être moins que votre diadème.
Je n'ai vu rien en moi qui le pût retenir;
Et je ne vous Toffrois que pour le prévenir.
C'est ainsi que j'ai cru me mettre en assurance
Par l'éclat généreux d'une fausse apparence :
Je vous cédois un bien que je ne puis garder,
Et qu'à vous seule enfin ma gloire peut céder.
PULCHÉRIE
Reposez-vous sur moi. Votre Aspar vient.