AS PAU
L'amour qui parle ainsi ne paroît pas fort tendre. Mais je vous aime assez pour ne vou.s pas eutendrc; Et dirai toutefois, sans m'en embarrasser, Qu'il est un peu bien tôt pour vous de menacer.
Je ne menace point, seigneur; mais je vous aime ['lus que moi, plus encor que ce cher frère même. L'amour tendre est timide, et craint pour son objet, Dès qu'il lui voit former un dangereux projet.
A .'< l' A II .
Vous m'aimez, je le crois ; du moins cela peut être.
a88 PULGHÉRIE.
Mais de queUe façon le faites-vous connoltre?
L'amour inspire-t-il ce rare empressement
De voir régner un frère aux dépens d'un amant?
IRÈNE
Il m'inspire à regret la peur de votre perte. Régnez, je vous Fai dit, la porte en est ouverte. Vous avez du mérite, et je manque d'appas; Dédaignez, quittez-moi; mais ne vous perdez pas. Pour le salut d'un frère ai-je si peu d'alarmes , Qu'il y faille ajouter d'autres sujets de larmes? C'est assez que pour vous j'ose en vain soupirer; Ne me réduisez point, seigneur, à vous pleurer.
ASPAR
Gardez, gardez vos pleurs pour ceux qui sont à plaii Puisque vous m'aimez tant, je n'ai point lieu de craii (Quelque peine qu'on doive à ma téntérité, Votre main qui m'attend fera ma sûreté; Et contre le courroux le plus inexorable Elle me servira d'asile inviolable.
IRÈNE
Vous la voudrez peut-être, et la voudrez trop tard. Ne vous exposez point, seigneur, à ce hasard; .fe doute si j'aurois toujours même tendresse, Et pourrois de ma main n'être pas la maîtresse. Je vous parle sans feindre ; et ne sais point railler Lorsqu'au salut commun il nous faut travailler.
ASPAR
Et je veux bien aussi vous répondre sans feindre. J'ai pour vous un amour à ne jamais s'éteindre. Madame; et, dans l'orgueil que vous-même approui