‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 173 sur 285 · AS PAU · texte numérisé non relu

AS PAU

L'amour qui parle ainsi ne paroît pas fort tendre. Mais je vous aime assez pour ne vou.s pas eutendrc; Et dirai toutefois, sans m'en embarrasser, Qu'il est un peu bien tôt pour vous de menacer.

Je ne menace point, seigneur; mais je vous aime ['lus que moi, plus encor que ce cher frère même. L'amour tendre est timide, et craint pour son objet, Dès qu'il lui voit former un dangereux projet.

A .'< l' A II .

Vous m'aimez, je le crois ; du moins cela peut être.

a88 PULGHÉRIE.

Mais de queUe façon le faites-vous connoltre?

L'amour inspire-t-il ce rare empressement

De voir régner un frère aux dépens d'un amant?

IRÈNE

Il m'inspire à regret la peur de votre perte. Régnez, je vous Fai dit, la porte en est ouverte. Vous avez du mérite, et je manque d'appas; Dédaignez, quittez-moi; mais ne vous perdez pas. Pour le salut d'un frère ai-je si peu d'alarmes , Qu'il y faille ajouter d'autres sujets de larmes? C'est assez que pour vous j'ose en vain soupirer; Ne me réduisez point, seigneur, à vous pleurer.

ASPAR

Gardez, gardez vos pleurs pour ceux qui sont à plaii Puisque vous m'aimez tant, je n'ai point lieu de craii (Quelque peine qu'on doive à ma téntérité, Votre main qui m'attend fera ma sûreté; Et contre le courroux le plus inexorable Elle me servira d'asile inviolable.

IRÈNE

Vous la voudrez peut-être, et la voudrez trop tard. Ne vous exposez point, seigneur, à ce hasard; .fe doute si j'aurois toujours même tendresse, Et pourrois de ma main n'être pas la maîtresse. Je vous parle sans feindre ; et ne sais point railler Lorsqu'au salut commun il nous faut travailler.

ASPAR

Et je veux bien aussi vous répondre sans feindre. J'ai pour vous un amour à ne jamais s'éteindre. Madame; et, dans l'orgueil que vous-même approui

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