ACTE V, SCÈNE VI. 3oi
Si vos fausses bontés ont su me décevoir,
Vos serments m'ont réduit au dernier désespoir.
PULGIIÉRIE.
Ah, Léon!
LÉON
Par quel art que je ne puis comprendre.
Forcez-vous d'un soupir ma fureur à se rendre? Un coup d'oeil en triomphe; et, dès que je vous voi, Il ne me souvient plus de vos manques de foi! Ma bouche se refuse à vous nommer parjure.
Ma douleur se défend jusqu'au moindre murmure; Et l'afiFreux désespoir qui m'amène en ces lieux Cède au plaisir secret d'y mourir à vos yeux. J'y vais mourii*, madame, et d'amour, non de rage; De mon dernier soupir recevez l'humble hommage; Et, si de votre rang la fierté le permet.
Recevez-le, de grâce, avec quelque regret.
Jamais fidèle aixleur n'approcha de ma flamme, Jamais frivole espoir ne flatta mieux une ame; Je ne méritoi^ pas qu'il eût aucun effet.
Ni qu'un amour si pur se vît mieux satisfait. Mais quand vous m'avez dit : « Quelque ordre qu'on me donne, tt Nul autre ne sera maître de ma personne, » J'ai dû me le promettre; et toutefois, hélas! Vous passez dès demain, madame, en d'autres bras; fit, dès ce même jour, vous perdez la mémoire X)e ce que vos bontés me commandoient de croire!
PULCHÉRIE
Non, je ne la perds pas, et sais ce que je doi. Prenez des sentiments qui soient dignes de moi;
3o2 PULCHÉRIE.
Et ne m'accusez point de manquer de parole,
Quand pour vous la tenir moi-même je m'immole.
LÉON
Quoi! vous n'épousez pas Martian dès demain?
PULCHÉIIIE.
Savez-vous à quel prix je lui donne la main?
LÉON
Que m'importe à quel prix un tel bonheur s'achète?
PULCHÉRIE
Sortez, sortez du trouble où votre erreur vous jette: Et sachez qu'avec moi ce grand titre d'époux IN'a point de privilège à vous rendre jaloux; Que, sous l'illusion de ce faux hyménée, Je fais vœu de mourir telle que je suis née; Que Martian reçoit et ma main, et ma foi, Pour me conserver toute, et tout l'empire à moi; Et que tout le pouvoir que cette foi lui donne Ne le fera jamais maître de ma personne.
Est-ce tenir parole? et recounoissez-vous A quel point je vous sers quand j'en fais mon époux; C'est pour vous qu'en ses mains je dépose l'empire; C'est pour vous le garder qu'il me plaît de l'élire. Rendez-vous, connue lui, digne de ce dépôt Qu(î son à(;o penchant vous remettra bientôt; Suivez-le pas à pas; et, marchant dans sa route, M(îttez ce premier rang après lui hors de doute. Etudiez sous lui ce grand art de régner, Que tout autre auroit peine à vous mieux enseigner; Et pour vous assurer ce que j'en veux attendre, -Vttachcz-vous au trône, et faites-vous son gendre;