‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 190 sur 285 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

EURYDICE, OHMÉNE.

EtlHïlllCE.

Ne me parle plus tant de joie et dhympnée;

i'u ne sais pas les maux où je suis condamnée,

Orméne ; c'est ici que doit sesécuter

Ce traité qu'à deux rois i! a plu d'arrêter;

Et l'on a préféré cette superbe ville,

Ces murs de Séleucie, aux murs d'IIécatompyle.

La reine et Ja princesse en quittent le séjour.

Pour rendre en ces beaux lieux tout son lustre à la coui

Le roi les mande exprès , le prince n'attend qu'elles ;

Et jamais ces climats n'ont vu pompes si belles.

M;iis que servent pour moi tous ces préparatifs,

Si mon cœur est esclave et tous ses vœux captifs,

Si de tous ces efforts de publique alc{;resse

Il se fait des sujets de trouble et de tristesse?

.l'aime ailleurs.

ORMÉNE.

Vous, madame? .

EURYDICE

Orméne,jeraitu Tant que j'ai pu me rendre à toute ma vertu. N'espérant jamais voir l'amant qui ma charmée, Ma flamme dans mon cœur se tenoit renfermée; L'absence et la raison sembloient la dissiper; Le manque d'espoir même aidmt à me tromper.

Je crus ce cœur tranquille; et mcm devoir sévère Le préparoit sans peine aux lois du roi mon père. Au choix qu'il lui plairoit. Mais, ô dieux! quel tonn S'il faut prencU*e un époux aux yeux de cet amant!

ORMÉNE.

Aux yeux de votre amant!

EURYDICE

Il est temps de te dire Et quel malheur m'accable, et pour qui je soupire. Le mal qui s'évapore en devient plus léger, Et le mien avec toi cherche à se soulager.

Quand l'avare Crassus, chef des troupes romaine Entreprit de dompter les Parthes dans leurs plaines Tu sais que de mon père il brigua le secours; Qu'Orode en fit autant au bout de quelques jours ; Que pour ambassadeur il prit ce héros même Qui l'avoit su venger et rendre au diadème.

ORMÉNE.

Oui, je vis Suréna vous parler pour son roi , Et Cassius pour Rome avoir le même emploi.

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