‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 191 sur 285 · ACTE I, SCÈNE I. Sa · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. Sa

Je vis de ces états l'orgueilleuse puissance D'Arlabase à l'eiivi mendier l'assistance, Oes deux grands intérêts partager votre cour. Et des ambassadeurs prolouyer le séjoui'.

EURYDICE

Tous deux ainsi qu'au roi me rendirent visite,

Et j'en connus Lientôt le différent mérite.

L'un, 6er, et tout gonflé d'un vieux mépris des rois,

Sembloit pour compliment nous apporter des lois ;

L'autre, par les devoirs d'un respect légitime,

Vengeoit le sceptie en nous de ce manque d'estime.

L'amour s'en mêla même; et tout son entretien

Sembla m' offrir son cœur, et demander le mien.

Il l'obtint; et mes yeux, que charmoit sa présence.

Soudain avec les siens en firent confidence.

Ces muets truchements surent lui révéler

Ce que je me f'orçoîs à lui dissimuler;

Et les mêmes regards qui m'expliquoient sa flamme

Siustruisoient dans les miens du secret de mon ame.

Ses vœux y rencontroient d'aussi tendres désirs;

Un accord imprévu confondoii nos soupirs;

Et d'un mot échappé la douceur hasardée

Trouvoit l'ame en tous deux toute persuadée.

ORMÉNE.

Cependant; est-il roi, madame?

EURYDICE

U ne l'est pas; Mais il sait rétablir les rois dans leurs états. Des Partbes le mieux fait d'esprit et de visage,

322 SDRÉNA.

Le plus puissant en biens, le plus grand en courage , Le plus noble : joins-y l'amour qu'il a pour moi; Et tout cela vaut bien un roi qui n'est que roi. Ne t'effarouche point d'un feu dont je fois gloire, Et soufïre de mes maux que j'achève l'histoire.

L'amour, sous les dehors de la civilité, Profita quelque temps des longueurs du traité : On ne soupçonna rien des soins d'un si grand honmie i Mais il fallut choisir entre le Parthe et Rome. Mon père eut ses raisons en faveur du Romain; J'eus les miennes pour l'autre, et parlai même en vain: Je fus mal écoutée, et dans ce grand ouvrage On ne daigna peser ni compter mon suffrage.

Nous fûmes donc pour Rome; et Suréna confus Emporta la douleur d'un indigne refus.

Il m'en parut ému, mais il sut se contraindre : Pour tout ressentiment il ne fit que nous plaindre; Et comme tout son cœur me demeura soumis, Notre adieu ne fut point un adieu d'ennemis.

Que^ervit de flatter l'espérance détruite?

Mon père choisit mal, on l'a vu par la suite. Suréna fit périr l'un et l'autre Crassus, Et sur notre Arménie Orode eut le dessus; Il vint dans nos états fondre comme un tonnerre. Hélas! j'avois prévu les maux de cette guerre. Et n'avois pas compté parmi ces noirs succès Le funeste bonheur que me gardoit la paix.

Les deux rois l'ont conclue, et j'en suis la victime : On m'amène épouser un prince magnanime; €ar son mérite enfin ne m'est point inconnu,

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