ACTE I, SCÈNE I
Et 86 feroit aimer d'un cœur moins prévenu.
Idais quand ce cœur est pris et la place occupée , Des vertus d un rival en vain Tame est frappée; Tout ce qu il a d aimable importune les yeux; Et plus il est parfait, plus il est odieux.
Cependant j'obéis, Orméne, je Tépouse; Et de plus...
OnMÉNE.
Qu'auriez-vous de plus?
EURTOICE.
Je suis jalouse.
ORMÉNE.
Jalouse I Quoi , pour comble aux maux dont je vous plains...
EUBTDIGE.
Tu vois ce que je souffre, apprends ce que je crains.
Orode fait venir la princesse sa fille; Et s'il veut de mou bien enrichir sa famille. S'il veut qu'un double hymen honore un même jour, Conçois mes déplaisirs; je t'ai dit mon amour.
C'est bien assez, ô ciel! que le pouvoir suprême Me livre en d'autres bras aux yeux de ce que j'aime ; Ne me condamne pas à ce nouvel ennui De voir tout ce que j'aime entre les bras d'autrui.
ORMÉNE.
Votre douleur, madame, est trop ingénieuse.
EURYDICE
Quand on a commencé de se voir malheureuse.
Bien ne s'offre à nos yeux qui ne fasse trembler; La plus fausse apparence a droit de nous troubler; Et tout ce qu'on prévoit, tout ce qu'on s'imagine,
324 SÙftÉlrfA. •
Forme un nouTèau poison pour une ame chagrine.'
ORMÉNE.
En ces nouveaux poisons trouvez-vous tant d^appafs Qu'il en faille faire un d'un hymen qui n'est. pas?
EURYDICE
La princesse est mandée, elle vient, elle est belle : Un vainqueur des Romains n'est que trop digne d'e S'il la voit, s'il lui parle, et si le roi le veut.... J'en dis trop, et déjà tout mon cœur qui s'émeut...
ORMÉNE.
A soulager vos maux appliquez même étude Qu'à prendre un vain soupçon pour une certitude : Songez pa^ où l'aigreur s'en pourroit adoucir.
EURYDICE
J'y fais ce que je puis , et n'y puis réussir. N'osant voir Suréna, qui régne en ma pensée » Et qui me croit peut-être une ame intéressée, Tu vois quelle amitié j'ai faite avec sa sœur : Je crois le voir en elle, et c'est quelque douceur, Mais légère, mais foible, et qui me gène l'ame Par l'inutile soin de lui cacher ma flamme.
Elle la sait sans doute, et l'air dont elle agit M'en demande un aveu dont mon devoir rougit.
Ce frère l'aime trop pour s'être caché d'elle : N'en use pas de même, et sois-moi plus fidèle; Il suffit qu'avec toi j'amuse mon ennui.
Toutefois tu n'as rien à me dire de lui; Tu ne sais ce qu'il fait, tu ne sais ce qu'il pense : Une sœur est plus propre à cette confiance; Elle sait s'il m'accuse, ou s'il plaint mon malheur,