ACTE I, SCÈNE III
Cette sorte de vie est bien imaginaire^ Et le moindre moment d'un bonheur souhaité Vaut mieux qu'une si froide et vaine éternité.
EURÏDICE.
Non, non, je suis jalouse; et mon impatience
D'affranchir mon amour de toute défiance.
Tant que je vous verrai maître de votre foi,
La croira réservée aux volontés du roi;
Mandane aura toujours un plein droit de vous plaire;
Ce sera l'épouser que de le pouvoir faire;
Et ma haine sans cesse aura de quoi trembler,
Tant que par là mes maux pourront se redoubler.
II faut qu'un autre hymen me mette en assurance.
N'y portez , s'il se peut, que de l'indifférence r
Mais, par do nouveaux feux dussiez-vous me trahir.
Je veux que vous aimiez afin de m'ohéir;
Je veux que ce grand choix soit mon dernier ouvrage,
Qu'il tienne lieu vers moi d'un étemel hommage, ' ■
Que mon ordre le régie, et qu'on me voie enfin
Reine de votre cœur et de votre destin;
Que Mandane , en dépit de l'espoir qu on lui donne ,
Ne pouvant s'élever jusqu'à votre personne.
Soit réduite à descendre à ces malheureux rois
A qui, quand vous voudrez, vous donnerez des lois.
Et n'appréhendez point d'en regretter la perte;
Il n'est cour sous les cieux (|ui ne vous soit ouverte;
Et par-tout votre gloire a fait de tels éclats,
Que les filles de roi ne vous manqueront pas.
.s II 11 É M A .
Quand elles me rendroient maître de tout un monde.
Absolu sur la terre et souverain sur Fonde, Mon cœur..«
EURTDIGE.
N'achevez point : Fair dont vous comment Pourroit à mon chagrin ne plaire pas assez; Et d'un cœur qui veut être encor sous ma puissance Je ne veux recevoir que de Tobéissance.
SUAÉNA.
A qui me donnez-vous ?
EURYDICE
Moi? que ne puis-je , hélas !
Vous ôter à Mandane , et ne vous donner pas ! Et. contre les soupçons de ce cœur qui vous aime Que ne m'est-il permis de m'assurer moi-même! Mais adieu; je m'égare.
Où dois-je recourir, O ciel! s'il faut toujours aimer, souffrir, mourir?
FIN DU PREMIER ACTE