ACTE I, SCÈNE III. 33t
S'oar ma dernière joie , une ame toute à vous.
euhydice.
it la mienne, seigneur, la jugez-vous si forte, <^i!e vous ne craigniez point que ce moment l'emporte, <Jue ce même soupir qui tranchera vos jours Ne tranche aussi des miens le déplorable cours? Vivez, seigneur, vivez, afin que je languisse, Qu'à vos feux ma langueur rende long-temps justice. Le trépas à vos yeux me semblcroit trop doux. Et je n'ai pas encore assez souffert pour vous. Je veux qu'un noir chagrin à pas lents me consume, Qu'il me fasse à longs traits {jouter son amertume; Je veux, sans que la mort ose me secourir, Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir. Mais parHonneriez-vous l'aveu d'une faiblesse A cette douloureuse et fatale tendresse?
Vous pourriez-vous , seigneur, résoudre à soulager Un malheur si pressant par un bonheur léger?
Quel bonheur peut dépendre ici d'un misérable Qu'après tant de faveurs son amour même accable? Puis-je encor quelque chose en l'état où je suis?
EURïniCE.
Vous pouvez m'cpargner d'assez rudes ennuis.
Népousez point Mandane : exprès on l'a mandée ; Mon chagrin, mes soupçons, m'en ont persuadée. N'ajoutez point, seigneur, à des malheurs si grands Celui de vous unir au sang de mes tyrans; De remettre en leurs mains le seul bien qui me reste, Votre cœur; un tel don me seroit trop funeste ■
Je veux qu'il me demeure, et malgré votre roi, Disposer d'une main qui ne peut être à moi.
SUÉÉNA.
Plein d'un amour si pur et si fort que le nôtre, Aveugle pour Mandane , aveugle pour toute autre. Comme je n ai plus d yeux vers elles à tourner. Je n'ai plus ni de cœur ni de main à donner.
Je vous aime , et vous perds. Après cela, madame, Seroit-il quelque hymen que pût souffrir mon ame? Seroit-il quelques nœuds où se pût attacher Le bonheur d'un amant qui vous étoit si cher. Et qu'à force d'amour vous rendez incapable De trouver sous le ciel quelque chose d'aimable?
EURYDICE
Ce n'est pas là de vous, seigneur, ce que je veux.
A la postérité vous devez des neveux;
Et ces illustres morts dont vous tenez la place
Ont assez mérité de revivre en leur race :
Je ne veux pas Féteindre, et tiendrois à forfait
Qu'il m'en Ait échappé le plus léger souhait.
Que tout meure avec moi, madame; que m'importe Qui foule après ma mort la terre qui me porte? Sentiront-ils percer par un éclat nouveau, Ces illustres aïeux, la nuit de leur tombeau? Bespireront-ils Fair où les feront revivre Ces neveux qui peut-être auront peine à les suivre, Peut-être ne feront que les déshonorer, Et n'en auront le sang que pour dégénérer?
Quand nous avons perdu le jour qui nous éclaire ,^