ACTE ni, SCÈNE II
Plus rudes, diseot-ils, même à des gens sans cœur? Je les fais taire. Mais, seij^iieur, à le bien prendre, C'étoit moins Tattaquer que lui mener un {jendre; Et, si vous en aviez consulté leurs souhaits, Vous auriez préféré la guerre à cette paix.
ORODE.
Est-ce dans le dessein de vous mettre à leur tête Que vous me demandez ma grâce toute prête?
Et de leurs vains souhaits vous font-ils le porteur Pour faire Palmis reine avec plus de hauteur? Il n'est rien d'impossible ù la valeur d'uu homme Qui rétablit son maître et triomphe de Rome; Mais sous le ciel tout change, et les plus valeureux S'ont jamais sûreté d'être toujours heureux.
J'ai donné ma parole, elle est inviolable.
Le prince aime Eurydice autant qu elle est aimable: Et, s'il faut dire tout, je lui dois cet appui Contre ce que Phradate osera contre lui.
Car tout ce qu'attenta contre moi Mitradate, Pacorus le doit craindre à son tour de Phradate: Cet esprit turbuk-nt, et jaloux du pouvoir, Quoique son frère . . , .
.SriiK\A.
H sait que je tais mon devoir.
Et n'a pas oublié que dompter des rebelles,
Détrôner un tyran....
Ces actions sont belles; Mais pour ra'avoir remis en état de régner.
Rendent-elles pour vous ma fille à dédaigner!'
La dédaigner, seigneur, quand mon zélé fidèle
N'ose me regarder que comme indigne d'elle!
Osez me dispenser de ce que je vous doi,
Et, pour la mériter, je cours me faire roi.
S'il n'est rien d'impossible à la valeur d'un homme
Qui rétablit son maître et triomphe de Rome,
Sur quels rois aisément ne pourrai-je emporter,
En faveur de Mandane, un sceptre à la doter?
Prescrivez-moi, seigneur, vous-même une conquête
Dont en prenant sa main je couronne sa tête ;
Et vous direz après si c'est la dédaigner.
Que vouloir ou me perdre ou la foire régner.
Mais je suis né sujet; et j'aime trop à l'être
Pour hasarder mes jours que pour servir mon maître,
Et consentir jamais qu'un homme tel que moi
Souille par son hymen le pur sang de son roi.
ORODE.
Je n'examine point si ce respect déguise:
Mais parlons une fois avec pleine franchise.
Vous êtes mon sujet, mais un sujet si grand, Que rien n'est malaisé quand son bras l'entreprend. Vous possédez sous moi deux provinces entières De peuples si hardis , de nations si fières.
Que sur tant de vassaux je n'ai d'autorité Qu'autant que votre zélé a de fidélité:
Ils vous ont jusqu'ici suivi comme fidèle; Et , quand vous le voudrez, ils vous suivront rebelle : Vous avez tant de nom, que tous les rois voisins Vous veulent, comme Orode, unir à leurs destins •