‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 211 sur 285 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Et s'il en est un prix dont vous fassiez état, Donnez-moi les moyens d'être un peu moins ingrat.

Quand je vous ai servi, j'ai reçu mon salaire,

Seigneur, et n'ai rien fait qu'un sujet n'ait dû fairp ;

La gloire m'en demeure, et c'est l'unique prix

Que s'en est proposé le soin que j'en ai pris.

Si pourtant il vous plaît, seigneur, que j'en demande

De plus dignes d'un roi dont l'anie est toute grande;

La plus haute vertu peut faire de faux pas;

Si la mienne en fait un, daignez ne le voir pas;

Gardez-moi des bontiîs toujours prêtes d'éteindre

Le plus juste courroux que j'aurois lieu d'en craindre;

Et si....

ORODE.

Ma gratitude oseroit se borner Au pardon d'un malheur qu'on ne peut deviner, Qui n'arrivera point? et j attend rois un Crime, Pour vous montrer le fond de toute mon estime? Le ciel m'est plus propice, et m'en ouvre un moyen Par l'heureuse union de votre sang au mien.

D'avoir tout fait pour moi ce sera le salaire.

SUHliNA.

J'en ai flatté long-teuijis uti espoir téméraire; Mais puisque enfin le prince...

oiioDf:.

Il aima votre sœur.

Elle bien de l'état lui dérobe son cœur; La paix de l'Arménie à ce prix est jurée.

Mais l'injure aisément peut être réparée;

J'y sais des rois tout prêts: et pour vous, dès demaiil, Mandane que j'attends vous donnera la main.

C'est tout ce qu'en la mienne ont mis des destinées Qu'à force de hauts faits la vôtre a couronnées.

A cet excès d'honneur rien ne peut s'égaler:

Alais si vous me laissiez liberté d'en parler,

Je vous dirois, seigneur, que l'amour paternelle

Doit à cette princesse un trône digne d'elle;

Que l'inégalité de mon destin au sien

Bavaleroit son sang sans élever le mien;

Qu'une telle union, quelque haut qu'on la mette,

Me laisse encor sujet, et la rendroit sujette;

Et que de son hymen, malgré tous mes hauts faÀtSf

Au lieu de rois à naître, il naîtroit des sujets.

De quel œil voulez-vous, seigneur, qu'elle me donne

Une main refusée à plus d'une couronne ,

Et qu'un si digne objet des vœux de tant de rois

Descende par votre ordre à cet indigne choix?

Que de mépris pour moi! que de honte pour elle!

Non, seigneur, croyez-en un serviteur fidèle ;

Si votre sang du mien veut augmenter l'honneur.

Il y faut l'union du prince avec ma sœur.

Ne le mêlez, seigneur, au sang de vos ancêtres

Qu'afin que vos sujets en reçoivent des maîtres:

Vos Parthes dans la gloire ont trop long- temps vécu.

Pour attendre des rois du sang de leur vaincu.

Si vous ne le savez, tout le camp en murmure;

Ce n'est qu'avec dépit que le peuple l'endure.

Quelles lois eût pu faire Artabase vainqueur

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