PACORUS, SURÉNA
PAGORUS.
Suréna, je me plains, et j'ai lieu de me plaindre.
De moi, seigneur?
PACORUS
De vous. Il n est plus temps de feindre :
Malgré tous vos détours, on sait la vérité; Et j'attendois de vous plus de sincérité, Moi, qui mettois en vous ma confiance entière, Et ne voulois souffrir aucune autre lumière.
L'amour dans sa prudence est toujours indiscret; A force de se taire il trahit son secret:
Le soin de le cacher découvre ce qn il cache.
Et son silence dit tout ce qu'il craint qu*on sache. Ne cachez plus le vôtre, il est connu de tous. Et toute votre adresse a parlé contre vous.
Puisque vous vous plaignez, la plainte est légitime y Seigneur: mais , après tout , j'ignore encor mon crime.
PACORUS
Vous refusez Mandane avec tant de respect,
Qu'il est trop raisonné pour n être point suspect.
Avant qu'on vous l'offrit vos raisons étoient prêtes,
Et jamais on n'a vu de refus plus honnêtes.;
Mais ces honnêtetés ne font pas moins rougir:
Il falloit tout promettre, et la laisser agir;
Il falloit espérer de son orgueil sévère
Un juste désaveu des volontés d'un père.
Et l'aigrir par. des vœux si froids, si mal conçus ,
Qu'elle usurpât sur vous la gloire du refus.
Vous avez mieux aimé tenter un artifice
Qui pût mettre Palmis où doit être Eurydice,
Eu me donnant le change attirer mon courroux,
Et montrer quel objet vous réservez pour vous.
Mais vous auriez mieux fait d'appliquer tant d'adresse
A remettre au devoir l'esprit de la princesse:
Vous en avez eu Tordre, et j'en suis plus haï.
C'est pour un bon sujet avoir bien obéi!
Je le vois bien, seigneur; qu'on m'aime, qu'on vous aime Qu'on ne vous aime pas, que je n'aime pas même. Tout m'est compté pour crime; et je dois seul au roi Répondre de Palmis, d'Eurydice, et de moi :