‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 227 sur 285 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Comme si je pouvois sur une ame ecflaminée Ce qu'on me voit pouvoir sur tout un corps d'armée. Et qu'un cœur ne fût pas plus pénible à tourner Que les Romains à vaincre et qu'un sceptre à donner.

Sans faire uu nouveau crime, oserai-je vous dire Que l'empire des cœurs n'est pas de votre empire, Et que l'amour, jaloux de son autorité, Ne reconnoit ni rois ni souveraineté?

Il hait tous les emplois où la force l'appelle; Dès qu'on le violente , on en fait un rebelle ; Et je suis criminel de n'en pas triompher.

Quand vous-même, seigneur, ne pouvez l'étouffer! Changez-en par votre ordre à tel point le caprice, Qu'Eurydice vous aime, et Pahnis vous haïsse. Ou rendez votre cœur à vos lois si soumis Qu'il dédaigne Eurydice, et retourne à Palmis. Tout ce que vous pourrez ou sur vous ou sur elles, Bendra mes actions d'autant plus criminelles; Mais sur elles, sur vous, si vous ne pouvez rien, Des crimes de l'amour ne faites plus le mien.

l>aCORUS.

Je pardonne à l'amour les crimes qu'il fait faire; Mais je n'excuse point ceux qu'il s'obsline à taire. Qui cachés avec soin se commettent long-temps , Et tiennent près des rois de secrets mécontents. Un sujet qui se voit le rival de son maître.

Quelque étude qu'il perde à ne le point paroître, Ne pousse aucun soupir sans faire un attentat; Et d'un crime d'amour il en fait un d'état.

Il a besoin de grâce, et sur-tout quand on l'aime.

Jusqu'à 8€ révolter contre le diadème , Jusqu'à servir d'obstacle au bonheur général.

Oui : mais <]^and de son mattre on lui fiiit un rival , Qu'il aimoit le premier; qu'en dépit de sa flamme Il cède, aimé qu'il est, ce qu'adore son ame; Qu'il renonce à l'espoir, dédit sa passion, Est-il digne de grâce, ou de compassion?

PACOBUS.

Qui cède ce qu'il aime est digne qu'on le loue : Mais il ne cède rien quand on l'en désavoue ; Et les illusions d'un si faux compliment Ne méritent qu'un long et vrai ressentiment.

Tout à rfaem*e, seigneur, vous me parliez àe grâce. Et déjà vous passez jusques à la menace!

La grâce est aux grands coeurs honteuse à recevœr ; La menace n'a rien qui les puisse émouvoir.

Tandis que hors des murs ma suite est dispersée. Que la garde au dedans par Sillace est placée, Que le peuple s'attend à me voir arrêter, Si quelqu'un en a Tordre, il peut l'exécuter. Qu'on veuille mon épée, ou qu'on veuille ma tète , Dites un mot, seigneur, et l'une et l'autre est prête: Je n^ai goutte de sang qui ne soit à mon roi ; Et si Ton m'ose perdre, il perdra plus que moi. J'ai vécu pour ma gloire autant qu'il falloit vivre , Et laisse un grand exemple à qui pourra me suivre ; Mais si vous me livrez à vos chagrins jaloux, Je n'aurai pas peut-être asse^ vécu pour vous.

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