SCÈNE II
ETlRTDICI-:, SUnÉNA.
KdRVDICE.
Seigneur, le roi condamne Ma main à Parovus, ou la vôtre à Mandane; Le refus n'en sauroit demeurer impuni; Il lui faut l'un on l'autre , ou vous êtes bimni.
SURɻA.
Madame , ce refus n'est point vers lui mon crime : Vous m'aimez; ce n'est point non plus ce qui l'anime. Mon crime véritable est d'avoir aujourd'bui Plus de nom que mon i-oi , plus de vertu ([ue lui ; Et c'est de là que part cette secrète haine Que le temps ne rendra que plus forte et pitis pleine. Plus on sert des ingrats, plus on s'en fiiit haïr: Tout ce qu'on fait pour eux ne sert qu'à nous trahir. Mon visage l'oft'ense, et ina gloire le blesse. Jusqu'au fond de mon ame il cherche itne bassesse. Et tâche à s'ériger par l'offre ou par la peur, De roi que je l'ai fait, en tyran de mon cœur; Comme si par ses dons il pnuvoit me séduire.
Ou qu'il pût m'accabler, et ne se point détruire. Je lui dois en sujet tout mon a^ang, tout mon bien; Mais si je lui dois tout, mon cœur ne lui doit rien , Et n'en reçoit de lois que comme autant d'outrages Comme autant d'attentats sur de plus doux homma Cependant pour jamais il faut nous séparer, Madame.
EURYDICE
Cet exil pourroit toujours durer?
En vain pour mes pareils leur vertu sollicite; Jamais un envieux ne pardonne au mérite.
Cet exil toutefois n est pas un long malheur; Et je n irai pas loin sans mourir de douleur.
EURYDICE
Ah! craignez de m'en voir assez persuadée Pour mourir avant vous de cette seule idée.
Vivez , si vous m'aimez.
surénâ.
Je vivrois pour savoir Que vous aurez enfin rempli votre devoir, Que d'un cœur tout à moi, que de votre personne Pacorus sera maître, ou plutôt sa couronne?
Ce penser m'assassine, et je cours de ce pas Beaucoup moins à l'exil , madame, qu'au ti^épas.
EURYDICE
Que le ciel n'a-t-il mis en ma main et la vôtre. Ou de n'être à personne, ou d'être Tun à l'autre!
Falloit-il que l'amour vît l'inégalité
ACTR V, SCÈNE II. 3Hj
Vous abandonaer tuute aux rigueurs d'un traité!
EURYDICE
Cette inégalité me soulFroit respérance.
Votre nom, vos vertus, valoient bien ma naissance;
Et Crassus a rendu plus digne encor de moi
Un héros dont le eele a rétabli son roi.
Dans les maux où jai vu l'Arménie exposée.
Mon pays désolé m';i seul tyrannisée.
Esclave de l'étîit, victime de la pai\,
Je métoia répondu de vaincre mes souhaits,
Sans songer qu'un amour comme le nôtre extrême.
S'y rend inexorable aux yeux de eo qu'on aime.
Pour le bonheur public j ai promis; mais, hélas!
Quand j'ai promis, seigneur, je ne vous voyois pas.
Votre rencontre ici m'uytint fait voir ma faute,
Je diffère à donner le bien que je vous ôle;
Et l'unique bonheur que j'y puis espérer
C'est de toujours promettre et toujours différer.
.si; B EN 4.
Que je sevois heureux!... Mais qu'osé-je vous dire? L'indigne et vain bonheur où mou amour aspire! Fermez les yeux aux maux où l'on me fait courir; Songez à vivre heureuse, et me laissez mourir. Un trône vous attend, le premier de la terre. Un trône où l'on ne craint que l'éclat du tonnerre, Qui régie le destin du reste des humains.
Et jusque dans leurs murs alarme les Homains.
EiJRÏUICt;.
J'envisage ce trône et tous ses avantages ,
Etje n'y vois par-tout, seigneur, que vos ouvi.igcs;
Sa gloire ne me peint que celle de mes fers, Et, dans ce qui m'attend, je vois ce que je perds. Âh, seigneur!
Épargnez la douleur qui me pi*esse; Ne la ravalez point jusques à la tendresse; £t laissez-moi partir dans cette fermeté Qui fait de tels jaloux , et qui m'a tant coûté.
EUIIYDICE.
Partez, puisqu'il le faut, avec ce grand courage Qui mérita mon cœur et donne tant d'ombrage.
Je suivrai votre exemple, et vous n'aurez point lieu.. Mais j'aperçois Palmis qui vient vous dire adieu ; Et je puis, en dépit de tout ce qui me tue, Quelques moments encor jouir de votre vue.