‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 232 sur 285 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

PAL MIS

Et, malgré son courroux , Voua avez sûreté tl'alier jusque chez vous; Vous êtes à couvert des périls dont ineuace Les (jens de votre sorte une telle disgrâce ; Fa , s'il laut dire tout, sur de si longs chemins If n'est point de poisons, il n'est point d'assassins?

Le roi n'a pas encore oublié mes services, Pour commencer par moi de telles injustices; Il est trop généreux pour perdre son appui.

PA L M 1 S

S'ill'est, tous vos jaloux le sont-ils comme lui? Est-il aucun flatteur, seigneur, qui lui refuse De lui prêter un crime et lui faire une excuse? En est-il que l'espoir d'en faire mieux sa cour N'expose sans scrupule à ces courroux d'un jour, Ces courroux qu'on affecte alors qu'on désavoue De lâches coups d'état dont en lame on se loue. Et qu'une absence élude, attendant le moment Qui laisse évanouir ce faux ressentiment?

Ces courroux affectés que l'artifice donne Font souvent trop de bruit pour abuser personne. Si ma mort plait au roi , s il la veut tôt ou tard. J'aime mieux qu'elle soit un crime qu'un hasard; Qu'aucun ne l'attribue à cette loi commune Qu'impose la nature et règle la fortune ; Que son perfide auteur, bien qu'il cache sa main , Devienne abominable à tout le genre humain;

ago SURÉNA.

Et qu'il en naisse enfin des haines immortelles Qui de tous ses sujets lui fassent des rebelles.

PALMIS.

Je veux que la vengeance aille à son plus haut point. Les morts les mieux vengés ne ressuscitent point; Et de tout Tunivers la fureur éclatante En consoleroit mal et la sœur et Tamante.

Que faire donc, ma sœur?

PALMIS.

Votre asile est ouvert.

Quel asile?

PALMIS.

L'hymen qui vous vient d'être offert.

Vos jours en sûreté dans les bras de Mandane> Sans plus rien craindre ....

Et c'est ma sœur qui m'y condamm C'est elle qui m'ordonne avec tranquillité Aux yeux de ma princesse une infidélité!

PALMIS.

Lorsque d'aucun espoir notre ardeur n'est suivie, Doit-on être fidèle aux dépens de sa vie?

Mais vous ne m'aidez point à le persuader, Vous, qui d'un seul regard pourriez tout décider, Madame! ses périls ont-ils de quoi vous plaire?

EURYDICE

Je crois faire beaucoup, madame, de ine taire;

El tandis qu'à mes yeux vous donnez tout mon bien,

Page 1