‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 237 sur 285 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

AGLAURE, CYDIPPE.

AGLAUBE.

IJ est des maux, ma sœur, que le silence aigrit: Laissons, laissons parler mon chayrin et le vôtre; Et de nos cœurs 1 une à l'autre

Kxtialons le cuisant dépit.

Nous nous voyons sœurs d'infortune; Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport, Que nous pouvons mêler toutes les deux en une,

Et, dans notre juste transport.

Murmurer à plainte commune

Des cruautés de notre sort.

Quelle fatalitt! secrète ,

Ma sœur, soumet tout l'univers

Aux attraits de notre cadette?

Et de tant de princes divers

4o2 PSYCHÉ.

Qu'en ces lieux la fortune jette, N'en présente aucun à nos fers?

Quoi! voir de toutes parts, pour lui rendre les armes, Les cœurs se précipiter, Et passer devant nos charmes Sans s'y vouloir arrêter!

Quel sort ont nos yeux en partage, Et qu est-ce qu'ils ont fait aux dieux, De ne jouir d'aucun hommage Parmi tous ces tributs de soupirs glorieux Dont le superbe avantage Fait triompher d'autres yeux?

Est-il pour nous, ma sœur, de plus rude disgrâce, Que de voir tous les cœurs mépriser nos appas, Et l'heureuse Psyché jouir avec audace D'une foule d'amants attachés à ses pas?

CYDIPPE.

Ah! ma sœur, c'est une aventure A faire perdre la raison; Et tous les maux de la nature Ne sont rien en comparaison.

Pour moi, j'en suis souvent jusqu'à verser des larmes.

Tout plaisir, tout repos par là m'est arraché;

Contre un pareil malheur ma constance est sans armes.

Toujours à ce chagrin mon esprit attaché

Me tient devant les yeux la honte de nos charmes ,

Et le triomphe de Psyché.

La nuit, il m'en repasse une idée éternelle

Qui sur toute chose prévaut:

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