‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 238 sur 285 · ACTE I, SCÈNE I. 4u · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 4u

Bien ne me peut chasser cette image cruelle; Et, dès €|u'un doux sommeil vient me délivrer cl elle.

Dans mon esprit aussitôt

Quelque songe la rappelle

Qui me réveille en sursaut.

CYDIPPE.

Ma sœur, voilà mou martyre.

Dans vos discours je me voi; Et vous venez là de dire Tout ce qui se passe en moi.

A (^ L A U il E.

Mais encor, raisonnons un peu sur cette al^faire. Quels charmes si puissants en elle sont épars? Et par où, dites-moi, du grand secret de pliure L'honneur est-il acquis à ses moindres regards?

Que voit-on dans sa personne

Pour inspirer tant d'ardeurs?

Quel droit de beauté lui donne

L'empire de tous les cœurs?

Elle a quelques attraits, quelqueéclat de jeunesse, On en tombe d'accord, je n'en disconviens pas: Mais lui céde-t-on fort pour quelque peu d'aînesse,

Et se voit-on sans appas?

Est-on d'une figure à taire qu'on se raille?

W'a-t-on pas quelques traits et(]uelques agréments, Quelqueteint, quelques yeux, quelque air, et quelque ti A pouvoir dans nos fers jeter quelques amants?

Ma sœur, faites-moi la grâce

De me parler franchement:

Suis-je faite d un air, à votre jugement.

4o4 PSYCHÉ.

Que mon mérite au sien doive céder la place?

Et dans quelque ajustement

Trouvez-vous qu'elle m'efFace?

CYDIPPE.

Qui! vous, ma sœur? nuUement.

Hier à la chasse près d'elle

Je vous regardai long-temps:

Et, sans vous donner d'encens,

Vous me parûtes plus belle.

Mais, moi, dites, ma sœur, sans me vouloir flatter^ Sont-ce des visions que je me mets en tête , Quand je me crois taillée à pouvoir mériter La gloire de quelque conquête?

Vous, ma sœur? vous avez, sans nul déguisement. Tout ce qui peué causer une amoureuse flamme. Vos moindres actions brillent d'un agrément

Dont je me sens toucher l'ame ;

Et je serois votre amant,

Si j'étois autre que femme.

CYDIPPE.

D'où vient donc qu'on la voit l'emporter sur nous deux, Qu'à ses premiers regards les cœurs rendent les armes, Et que d'aucun tribut de soupirs et de vœux On ne fait honneur à nos charmes?

Toutes les dames, d'une voix, Trouvent ses attraits peu de chose; Et du nombre d'amants qu'elle tient sous ses lois , Ma sœur, j'ai découvert la cause.

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