ACTE I, SCÈNE 1 [ [. 4ii
CLÉOMÈSE, à Psyché.
L'aveu qu'il nous faut faire à vos divins appas Est sans doute, madame, ua aveu téméraire;
ÎVIais tant de cœurs près du trépas.
Sont, par de tels aveux, forcés à vous déplaire. Que vous êtes réduite à ne les punir pas
Des foudres de votre colère.
Vous voyez en nous deux amis Qu'uD doux rapport d humeurs sut joindre dès l'enfance; Et ces tendres liens se sont vus affermis Par cent comhats d'estime et de reconnoissance. Du destin ennemi les assauts rijjoureux.
Les mépris de la mort, et I aspect des supplices, Par d'illustres éclats de mutuels offices.
Ont de notre amitié signalé les beaux iiuends: Mais , à quelques essais qu elle se snit trouvée.
Son grand triomphe est en ce jour; Et rien ne fait tant voir sa constance éprouvée "
Que de se conserver au milieu de I amour.
Oui, malgré tant d'appas, son illustre constance Aux lois qu'elle noua fait a soumis tous nos vœux: Elle vient, d'une douce et pleine déférence.
Remettre à votre choix le succès de nos feux; Et, ponr donner un poids à notre concurrence , Qui des raisons d'état entraîne la balance
Sur le choix de l'un de nous deux.
Cette même amitié s'offre sans répugnance D'unir nos deux éuts au sort du plus heureux.
AOÉNOR.
Oui, de ces deux états, madame.
4ia PSYCHÉ.
Que sous votre heureux choix nous nous offrons d^unir,
Nous voulons faire à notre flanune
Un secours pour vous obtenir.
Ce que, pour ce bonheur, près du roi votre père .
Nous nous sacrifions tous deux N^a rien de difficile à nos cœurs amoureux; Et c'est au plus heureux faire un don nécessaire
D'un pouvoir dont le malheureux ,
Madame, n aura plus affaire.
Le choix que vous m'offrez , princes, montre à mes yeux
De quoi remplir les vœux de Famé la plus fière;
Et vous me le parez tous deux d'une manière
Qu'on ne peut rien offrir qui soit plus précieux.
Vos feux, votre amitié, votre vertu suprême,
Tout me relève en vous l'offre de votre foi ;
Et j'y vois un mérite à s'opposer lui-même
A ce que vous voulez de moi.
Ce n'est pas à mon cœur qu'il faut que je défère
Pour entrer sous de tels liens:
Ma. main, pour se donner, attend l'ordre d'un père. Et mes sœurs ont des droits qui vont devant les miens. Mais, si l'on me rendoit sur mes vœux absolue. Vous y pourriez avoir trop de part à la fois; Et toute mon estime, entre vous suspendue.
Ne pourroit sur aucun laisser tomber mon choix.
A lardeur de votre poursuite Je répondrois assez de mes vœux les plus doux;
Mais c'est, parmi tant de mérite.
Trop de deux cœurs pour moi, trop peu d'un cœur pour vous