‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 246 sur 285 · ACTE 1, SCÈNE III. 4i · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE III. 4i

De mes plus doux souhuits j'aurois l'âme gênée

A l'efïbrt de votre amitié; Et j'y vois l'un de vous prendre une destinée

A me faire trop de pitié.

Oui, princes, à tous ceux dont l'amour suit le vôtre Je vous préférerois tous deux avec ardeur;

Mais je n'aui'ois jamais le cœur De pouvoir préférer l'un de vous deux à l'autre.

A celui (jue je choisirois Ma tendresse feroit un trop grand sacrifice; Et je m'imputerois à barbare injustice

Le tort qu'à l'autre je ferois.

Oui, tous deux vous brillez de trop de grandeur dame

Pour en faire aucun malheureux; Et vous devez chercher dans l'amoureuse flamme

Le moyen d'être heureux tous deux.

SI votre cœur me considère Assez pour me souffrir de disposer de vous,

J'ai deux sœurs capables de plaire.

Qui peuvent bien vous faire un destin assez doux; Et l'amitié me rend leur personne assez chère

Pour vous souhaiter leurs époux.

Un cœur dont l'amour est extrême Peut-il bien consentir, hélas!

D'être donné par ce qu'il aime?

Sur nos deux cœurs, madame, à vos divins appas Nous donnons un pouvoir suprême:

Disposez-en pour le trépas; Mais pour une autre que vous-même.

4i4 PSYCHÉ.

Ayez cette bonté de n'en disposer pas.

AGÉNOR

Aux princesses, madame, on feroit trop d'outrage; Et c'est pour leurs attraits un indigne partage

Que les restes d'une autre ardeur.

Il faut d'un premier feu la pureté fidèle

Pour aspirer à cet honneur

Où votre bonté nous appelle;

Et chacune mérite un cœur

Qui n'ait soupiré que pour elle.

Il me semble, sans nul courroux,

Qu'avant que de vous en défendre ^

Princes, vous deviez bien attendre

Qu'on se Ait expliqué sur vous.

Nous croyez-vous un cœur si facile et si tendre? Et lorsqu'on parle ici de vous donner à nous,

Savez-vous si Ton veut vous prendre?

CYDIPPE.

Je pense que l'on a d'assez hauts sentiments Pour refuser un cœur qu il fout qu'on sollicite, Et qu'on ne veut devoir qu'à son propre mérite La conquête de ses amants.

PSYCHÉ

J'ai cru pour vous, mes sœurs, une gloire assez grande Si la possession d'un mérite si haut....

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