LYCAS, SUITE
PSYCHÉ
De vos larmes, seigneur, la source m'est bien chère; Mais c'est trop aux bontés que vous avez pour moi Que de laisser régner les tendresses de père Jusque dans les yeux d'un grand roi.
Ce qu'on vous voit ici donner à la nature Au rang que vous tenez, seigneur, fait trop d'injure , Et j'en dois refuser les touchantes faveurs.
Laissez moins sur votre sagesse Prendre d'empire à vos douleurs, Et cessez d'honorer mon destin par des pleurs, Qui, dans le cœur d'un roi, montrent de la foiblesse.
LE ROI
Ah! ma fille, à ces pleurs laisse mes yeux ouverts; Mon deuil est raisonnable, encor qu'il soit extrême; Et lorsque pour toujours on perd ce que je perds ,
PSYCHÉ
La sagessii, crois-moi, peut pleurer elle-même.
En vain l'orgueil du diadème Veut qu'on soit insensible à ces cruels revers ; En vain de la raison les secours sont offerts Pour vouloir d'un ceil sec voir mourir ce qu'on aime; L'effort en est barbare aux yeux de l'univers; Et c'est brutalité plus que vertu suprême.
Je ne veux point, dans cette adversité, Parer mon cœur d'insensibilité,
Et cacher l'ennui qui me touche-
Je renonce à ia vanité
De cette dureté farouche
Que l'on appelle fermeté;
Et, de quelque façon qu'on nomme Cette-vive doideur dont je ressens les coups, Je veux bien l'étaler, ma fille, aux yeux de tous, Et dans le cœur d'un roi montrer le cœur d'un homme
P.SVCIIÉ.
Je ne mérite pas cette grande dimleur:
Opposez, opposez un peu de résistance
Aux droits qu'elle prend sur un cœur Dont mille événements ont marqué la puissance. Quoi! faut-d que pour moi vous renonciez, seigneur,
A cette royale constance Dont vous avez fait voir dans les coups du malheur
Une fatoeuse expérience?
i.K noi.
La constance est facile en mille occasions.
Toutes les révolutions Où nous peut exposer ia fortune inhumaine,
4ao PSYCHÉ.
La perte des grandeurs, les persécutions.
Le poison de l'envie, et les traits de la haine, N'ont rien que ne puissent sans peine Braver les résolutions
D une ame où la raison est un peu souveraine. Mais ce qui porte des rigueurs A faire succomber les cœurs Sous le poids des douleurs amères, Ce sont, ce sont les rudes traita De ces fatalités sévères Qui nous enlèvent pour jamai3 Les personnes qui nous sont chères.
La raison contre de tels coups N'offre point d'armes secourables ; '
Et voilà des dieux en courroux Les foudres les plus redoutables Qui se puissent lancer sur nous.
PSYCHÉ
Seigneur, une douceur ici vous est offerte.
Votre hymen a reçu plus d'un présent des dieux;
Et, par une faveur ouverte, Ils ne vous ôtent rien, en m'ôtaut à vos yeux, Dont ils n'aient pris le soin de réparer la perte. Il vous reste de quoi consoler vos douleurs ; Et cette loi du ciel, que vous nommez cruelle.
Dans les deux princesses mes sœurs
Laisse à l'amitié paternelle
Où placer toutes ses douceurs.
LE ROI
Ah ! de mes maux soulagement frivole !
a(;ti: h, sci:isk i. ,21
liien, rien ne s'offre à moi qui de toi me console. C'est sur mes déplaisirs que j'ai les yeux ouverts ;
Et, dans un destin si funeste,
Je regarde ce c[ue je perds,
Et ne vois point ce qui me reste.
p.sï«;iiÉ.
Vous savez mieux que moi qu'aux volontés des dieux,
Seigneur, il faut régler les noires; Et je ne puis vous dire, en ces tristes adieux. Que ce que beaucoup mieux vous pouvez dire aux autr
Ces dieux sont maîtres souverains
Des présents qu'Us daignent nous faire;
Ils ne les laissent dans nos mains
Qu'autant de temps qu'il peut leur plaire ;
Lorsqu'ils viennent les rctirci',
On n'a nul droit de uiurmui cr Des grâces que leur main ne veut plus nous éteiuhc. Seigneur, je suis un don qu'ils ont fait à vos vœux; Et quand, par cet arrêt, ils veulent me reprendre, Ils ne vous ôtent rien que vous ne teniez d'eux , Et c'est sans murmurer que vous devez, me rendre. LE 1101.
Ah! cherclie un meilleur fondement Aux consolations que ton creiir me présente; Et de la fausseté de ce raisonnement
Ne fuis pas un accablement
A cette douleur si cuisante
Dont je souffre ici le tourment.
Crois-tu là me donner une raison puissante Pour ne me plaindre point de cet arrêt des cieux,'
4m psyché.
Et, dans le procédé des dieux
Dont tu veux que je me contente,
Une rigueur assassinante
Ne paroît-elle pas aux yeux?
Vois Tétat où ces dieux me forcent à te rendre, Et l'autre où te reçut mon cœur infortuné; Tu connoîtras par là qu'ils me viennent reprendre
Bien plus que ce qu'ils m'ont donné.
Je reçus d'eux en toi , ma fille.
Un présent que mon cœur ne leur demandoit pas ;
J'y trouvois alors peu d'appas.
Et leur en vis sans joie accroître ma famille.
Mais mon cœur, ainsi que mes yeux.
S'est fait de ce présent une douce habitude; J'ai mis quinze ans de soins , de veilles et d'études
A me le rendre précieux; Je l'ai paré de l'aimable richesse
De mille brillantes vertus; En lui j'ai renfermé, par des soins assidus, Tous les plus beaux trésors que fournit la sagesse; A lui j'ai de mon ame attaché la tendresse; J'en ai fait de ce cœur le charme et l'allégresse, La consolation de mes sens abattus.
Le doux espoir de ma vieillesse.
Ils m'ôtent tout cela, ces dieux; Et tu veux que je n'aie aucun sujet de plainte Sur cet affreux arrêt dont je souffre l'atteinte! Ah! leur pouvoir se joue avec trop de rigueur
Des tendresses de notre cœur.
Pour m'ôter leur présent, leur falloit-il attendre