‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 253 sur 285 · ACTK II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTK II, SCÈNE II

De coiifoQiIre nos pleurs avec vos déplaisirs,

De mêler nos soupirs à vos derniers soupirs ;

D'uûc; tendre amitié soulfrez ce dernier gage.

PSïCHf:.

C'est vous perdre inutilement.

f:YDIPPE.

C'est en votre faveur espérer un miracle, Ou vous accorapajjner jusques au monument.

PSYCHÉ

Que peut-on se promettre après un tel oi'acle?

A i; lai: Il E.

l'n oracle jamais n'est sans obscurité:

On l'entend d'autant moins que mieux on croît l'enlec Et peut-être, après tout, n'en devez-vous attendre

Que gloire et que félicité.

Laissez-nous voir, ma sœur, par une dijjne issue Cette frayeur mortelle heirt'eusement déçue;

Ou mourir du moins avec vous.

Si le ciel à nos vœux ne se montre plus doux.

PSÏCHÉ.

Ma sœur, écoutez mieux la voix de la nature Qui vous appelle auprès du roi.

Vous m'aimez trop; le devoir en murmure.

Vous en savez l'indispensable loi.

Un père vous doit être encor plus cher que moi. Rendez-vous toutes deux l'appui de sa vieillesse, Vous lui devez chacune un gendre et des neveux. Mille rois à l'envi vous yardent leur tendresse, Mille rois à l'envi vous offriront leurs vœux. L'oracle me veut seule; et seule aussi je veux

(26 PSYCHÉ

Mourir, si je puis, sans foihlesse, ^

Ou ne vous avoir pas pour témoins toutes deux De ce que, malgré moi, la nature m'en laisse.

AGLAUBE.

Partager vos malheurs, c'est vous importuner?

CYDIPPE.

J'ose dire un peu plus, ma sœur, c'est vous déplaire?

PSYCHÉ

Non; mais enfin c'est me gêner.

Et peut-être du ciel redoubler la colère.

Vous le voulez, et nous partons.

Daigne ce même ciel, plus juste et moins sévère. Vous envoyer le sort que nous vous souhaitons,

Et que notre amitié sincère.

En dépit de l'oracle, et malgré vous, espère!

Adieu. C'est un espoir, ma sœur, et des souhaits Qu'aucun des dieux ne remplira jamais.

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