ACTE tr, SCÉNK III
Tous leurs sujets, me prenant pour déesse,
Commeuçoient à m' accoutumer
Aux eucens qu'ils ra'offroient sans cesse; Leurs soupirs me siiivoient sans qu'il m <?n coûtait rien ; Mon ame restoit libre en captivant tant dames ;
Et j'étois, parmi tant de Hnmmes, Reine de tous les cœurs, et maîtresse du mien.
ciel, m iiuriez-vous fait un crime
De cette insensibilité?
Déployez-vous sur moi tant de sévérité, Pour n'avoir à leurs vœux rendu que de i'estime?
Si vous m'imposiez cette loi, Qri'il fallût faire un choix pour ne pas vous déplaire.
Puisque je ne pouvois le faire ,
Que ne te faisiez-vous pour moi?
Que ne m'inspi riez-vous ce ([u'inspire à tant d'autres Le mérite, l'amour, et.,.. Mais que vois-jeici?
SCKNE IV.
CLÉOMÈNE, AOKMOIl, PSYnHfv
CLÈOMi.^^E.
Deux amis, deux rivaux, dont l'unique souci
Est d'exposer leurs jours pour conserver les vôtres.
PS ï C H É.
Puis-je vous écouter quand j'ai chasse deux sreursi' Princes, contre le ciel pensez-vous me défendre? Vous livrer au serpent qu'ici je dois attendre, Ce n'est qu'un désespoir qui sied mal aux grands cœurs;
428 PSYCHÉ
Et mourir alors que je meurs , C'est accabler une ame tendre, Qui n'a que trop de ses douleurs.
AGÉNOR
Un serpent n'est pas invincible ; Cadmus, qui n aimoit rien, défit celui de Mars. Nous aimons, et Tamour sait rendre tout poss'd)Ie
Au cœur qui suit ses étendards, A la main dont lui-même il conduit tous les dards.
PSYCHÉ
Voulez-vous qu'il vous serve en faveur d'une ingrate Que tous ses traits n'ont pu toucher;
Qu'il dompte sa vengeance au moment qu'elle éclate, Et vous aide à m'en arracher?
Quand même vous m'auriez servie, Quand vous m'auriez rendu la vie ,
Quel fruit espérez-vous de qui ne peut aimer?