‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 26 sur 285 · ACTE III, SCÈNE II. 4y · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. 4y

Je veux, je tâche en vain d éviter,par la fuite Ce cbai-me dominant qui marche à votre suite : Mes plus heureux succès ne font qu'enfoncer mieux L mévitable trait dont me percent vos yeux.

Un regard imprévu leur fait une victoire; Leur moiodre souvenir l'emporte sur ma jjloire; II s'empare et du cœur et des soins les plus doux; Et j'oubhe Attila dès que je pense à vous.

Que pourrai-je, madame, après que l'hyménré Aura mis snus vos lois toute ma destinée?

Quand je voudrai punir, vous saurez pardonner; Vous refuserez graceoù j'en voudrai donner:

Vous enverrez la paix où je voudrai la guerre; Vous saurez pur mes mains conduire le tonnerrn; Et tout mon amour tremble à s'accorder un bien Qui me met en état de ne pouvoir plus rieu.

Attentez un peu moins sur ce pouvoir suprême. Madame ; et pour un Jour cessez d'être vous-méuie. Cessez d être adorable, et laissez-moi choisir Un objet qui m'en laisse disément ressaisir.

Défendez à vos yeux cet éclat invincible Avec qui ma fierté devient incompatible ; Prêtez-moi des refus, prêtez-moi des mépris.

Et rendez-moi vous-même à moi-même à ce prix.

ILOIOKE.

Je croyois qu'on me dût préférer Houorie

Avec moins de douceur et de galanterie;

Et je n'attendois pas une civilité

Qui malgré cette honte enflât ma vanité.

Ses Uonneurs près des miens ne sou tqu honneurs irivt

5o ATTILA.

Us n ont que des effets » j ai les belles paroles ;

Et si de son c6té vous tournez tous vos soins ,

C'est qu'elle a moins d'attraits, et se fait craindre mois

L'auroit-on jamais cru qu'un Attila pût craindre

Qu'un si léger éclat eût de quoi l'y contraindre,

Et que de ce grand ncnn qui remplit tout d'effroi

Il n'osât hasarder tout l'orgueil contre moi?

Avant qu'il porte ailleurs ces timides hommages

Que jusqu'ici j'enlève avec tant d avantages.

Apprenez-moi, seigneur, pour suivre vos desseins.

Comme il faut dédaigner le plus grand des humains;

Dites-moi quels mépris peuvent le satisfaire.

Ah! si je lui déplais à force de lui plaire,

Si de son trop d'amour sa haine est tout le fruit,

Alors qu'on la mérite, où se voit-on réduit?

Allez, seigneur, allez où tant d'orgueil aspire. Honorie a pour dot la moitié de l'empire; D'un mérite penchant c'est un ferme soutien; Et cet heureux éclat efface tout le mien :

Je n'ai que ma personne.

Et c'est plus que l'eknpiirc.

Plus qu'uii droit souverain sur tout ce qui respire. Tout ce qu'a cet empire ou de grand ou de doux, Je veux mettre ma gloire à le tenir de vous.

Faites-moi l'accepter, et pour reconnoissance Quels climats voulez- vous sous votre obéissance? Si la Gaule vous plaît, vous la partagerez; J'en offre la conquête à vos yeux adorés; Et mon amour....

f ACTE III, SCÈNE II. 5i

ILDIONË.

A quoi que cet amour s'apprcte, La main du conquérant vaut mieux que sa couquéte.

ATTILA

Quoi! vous pourriez m aimer, madame, à votre tour?

Qui sème tant d'horreurs fait naître peu d'amour.

Qu'aimeriez- vous eu moi? Je suis cruel, barbare;

Je n'ai que ma fierté, que ma fureur de rare;

On me craint, on me hait; on me nomme eu tout lien La terreur des mortels, et le fléau de Dieu.

Aux refus que je veux ces t là trop de matière ; Et si ce u'est assez d'y joindre la prière.

Si rien ne vous résout à dédaigoernia foi.

Appréhendez pour vous, comme je fais pour moi. Si vos tyrans d'appas retiennent ma franchise, Je puis l'être comme eux de qui me tyrannise. Souvenez-vous enfin que je suis Attila, El que c est dire tout que d'aller jusque-là.

Il faut donc me résoudre^ Eli hieu! j'ose.... De grâce Dispensez-moi du reste, U y faut trop d audace. Je tremble comme un autre à l'aspect d'Attila , Et ne me puis, seifjneur, oublier jusque-là.

J'obéis : ce mot seul dit tout ce qu'il souhaite; Si c'est ra'expliquer mal, qu'il en soit l'interprète. J'ai tous les sentiments qu'il lui plaît m'ordouner; J'accepte cette dot qu'il vient de me donner; Je partage déjà la Gaule avec mon frère, Et veux tout ce qu'il faut pour ne vous plus déplaire. Mais ne puis-jc savoir, punr ue manquer à rien,

A qui vous med. nez, quand j'obéis si bien?

ATTtLA,

Je n'ose le résov rcet de nouveau je trcmbln Sitôt que je con lis tant de chagrins ensemble. C'est trop que d vous perdre et vous donner ailleuri Madame, laisse -tdoî séparer mes douleurs :

Souffrez qu'un déplaisir me prépare pour l'autre. Après mon hyménée on aura soin du vôtre :

Ce grand effort déjà nestque tiop rifjoureux, Sans y joindre c'i. ~ —'irc heureux.

Souvent un pei' tenif: s qu'on n'ose attend

J'oserai plus que , et sans en prendre^

Et puisque de s- leut ordonnei'.

Votre cœur (>st ; donner;

Mais je ne le n lain qu'il souhaite.

Vous, traitez- nsi que je vous traite:

Et quand ct c t'ra moins rigoureux, Avant que me uum.^. u.. cz-en mes vœux.

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