‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 268 sur 285 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PSYCHÉ, AGLACRE, CYDIPPE.

PSYCHÉ

Je viens vous dire adieu; mon amant vous renvoie,

Et ne sauroit plus endurer Que vous lui retranchiez un moment de la joie Qu'il prend de se voir seul à me cousidérer; Dans un simple regard, dans la moindre parole.

Sou amour trouve des douceurs

Qu'en faveur du sang je lui vole,

Quand je les partage à des .sœurs.

AGLAKIIE.

La jalousie est assez Ëne;

Et ces délicats sentiments

Méritent bien qu'on s'imagine Que celui qui pour vous a ces empressements

Passe le commun des amants.

Je vous en parle ainsi faute de le connoitre.

448 PSYCHÉ

Vous ignorez son nom et ceux dont il tient Tétre;

Nos esprits en sont alarmés.

Je le tiens un grand prince, et d'un pouycnr suprême,

Bien au-delà du diadème; Ses trésors sous vos pas confusément semés Ont de quoi faire honte à Tabondance même.

Vous Faimez autant qu'il vous aime;

Il vous charme , et vous le duurmez :

Votre félicité , ma soeur , seroit extrême

Si vous saviez qui vous aimez.

I PSYCHÉ

Que m'importe? j'en suis aimée;

Plus il me voit, plus je lui plais.

Il n'est point de plaisirs dont l'ame soit charmée

Qui ne préviennent mes souhaits; £t je vois mal de quoi la vôtre est alarmée

Quand tout me sert dans ce palais.

Qu'importe qu'ici tout vous serve, , Si toujours cet amant vous cache ce qu'il est? Nous ne nous alarmons que pour votre intérêt. En vain tout vous y rit, en vain tout vous y plaît, Le véritable amour ne fait point de réserve;

Et qui s'obstine à se cacher Sent quelque chose en soi qu'on lui peut reprocher.

Si cet amant devient volage, Car souvent en amour le change est assez doux;

Et j'ose le dire entre nous , Pour grand que soit l'éclat dont brille ce visage, 11 en peut être ailleurs d'aussi belles que vous;

Page 1