‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 274 sur 285 · FLEUVE · texte numérisé non relu

FLEUVE

VÉNUS

Orgueilleuse Psyché, vous m'osez donc attendre Après m'a voir sur terre enlevé mes honneurs.

Après que vos traits suborneurs Ont reçu les encens qu'aux miens seuls on doit rendre?

J'ai vu mes temples désertés; J'ai vu tous les mortels, séduits par vos beautés, Idolâtrer en vous la beauté souveraine.

Vous offrir des respects jusqu'alors inconnus ,

Et ne se mettre pas en peine

S'il étoit une autre Vénus :

Et je vous vois encor l'audace De n'en pas redouter les justes châtiments,

Et de me regarder en face.

Comme si c'étoit peu que mes ressentiments l

PSYCHÉ

Si de quelques mortels on m'a vue adorée.

Est-ce un crime pour moi d'avoir eu des appas

Dont leur ame inconsidérée Laissoit charmer des yeux qui ne vous voyoient pas?

Je suis ce que le ciel m'a faite.

Je n'ai que les beautés qu'il m'a voulu prêter. Si les vœux qu'on m'ofFroit vous ont mal satisfaite , Pour forcer tous les cœurs à vous les reporter,

ACTK IV, SCfiSE V. 4J|

Vous n'aviez qu'à vous présenter,

Qu'à ne leur cacher plus cette beauté parfaite Qui, pour les rendre à leur devoir,

Pour se faire adorer, n'a qu'à se faire voir.

VÉNUS

Il failoit vous en mieux défendre.

Ces respects, ces encens, se dévoient refuser;

Et, pour les mieux désabuser.

Il failoit à leurs yeux vous-mémt? me les rendre.

Vous avez aimé cette erreur Pour qui vous ne deviez avoir que de Thorreur : Vous avez bien fait plus; votre humeur arrogaute.

Sur lo mépris de mille rois Jusques aux cieux a porte de son choix

L'ambition extravagante.

J'aurois porté mon choix, déesse, jusqu'aux cieux?

VÉNUS

Votre insolence est sans seconde.

Dédaigner tous les rois du monde, N'est-ce pas aspirer aux dieux?

l'SÏCHK.

Si l'Amour pour eux tous m'avoit endurci l'arae.

Et me réservoit toute à lui, En puis-je être coupable? et faut-il qu'aujourd'hui

Pour prix d'une si belle flamme, Vous vouliez m'accabler d'un éternel ennui?

\i':nus.

Psyché, vous deviez mieux connoîtrc Qui vous étiez, et quel étoitcedieu.

46o PSYCHÉ.

PSYCHÉ

Et m'en a-t-il donné ni le temps ni le lieu,

Lui qui de tout mon cœur d'abord s'est rendu maître?

VÉNUS

Tout votre cœur s'en est laissé charmer, Et vous Tavez aimé dès qu il vous a dit, J aime.

PSYCHÉ

Pouvois-je n aimer pas le dieu qui fait aimer, Et qui me parloit pour lui-même?

C'est votre fils; vous savez son pouvoir; Vous en connoissez le mérite.

VÉNUS

Oui, c'est mon fils, mais un fils qui m'irrite, Un fils qui me rend mal ce qu'il sait me devoir.

Un fils qui fait qu'on m'abandonne.

Et qui, pour mieux flatter ses indignes amours. Depuis que vous l'aimez ne blesse plus personne Qui vienne à mes autels implorer mon secours.

Vous m'en avez fait un rebelle.

On m'en verra vengée, et hautement, sur vous; Et je vous apprendrai s'il faut qu'une mortelle

Souffre qu'un dieu soupire à ses genoux.

Suivez-moi; vous verrez, par votre expérience,

A quelle folle confiance

Vous portoit cette ambition.

Venez, et préparez autant de patience

Qu'on vous voit de présomption.

FIN DU QUATRIÈME ACTE

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