‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 273 sur 285 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Le théâtre représente un désert et les bords sauvages d*Qn

fleuve.

PSYCHÉ, LE DIEU DU F LEV^E, assis sw

un amas de roseaux, et appuyé sur une urne.

PSYCHÉ

Cruel destin! funeste inquiétude!

Fatale curiosité!

Qu'avez-vous fait, affreuse solitude,

De toute ma félicité?

J aimois un dieu , j'en étois adorée , Mon bonheur redoubloit de moment en moment;

Et je me vois seule, éplorée.

Au milieu d'un désert, où , pour accablement,

Et confuse et désespérée.

Je sens croître Tamour quand j'ai perdu lamant. Le souvenir m'en charme et m'empoisonne; Sa douceur tyrannise un cœur infortuné Qu'aux plus cuisants chagrins ma flamme a condanmé.

O ciel ! quand l'Amour m'abandonne, Pourquoi me laisse-t-il Famour qu'il m'a donné? Source de tous les biens, inépuisable et pure.

Maître des hommes et des dieux,

Cher auteur des maux que j'endure, Étes-vous pour jamais disparu de mes yeux?

Je vous en ai banni moi-même;

ACTIC IV, SCÈNE [V. 45^

Dans un excès d'amoui-, dans un bonheur extrêrae. D'un indifjne soupçon uion caur s'est alarmé. Cœur ingrat, tu navois qu un feu mai allumé; Et l'on ne peut vouloir, dti moment que l'on aime.

Que ce qne veut l'objet aimé.

Mourons, c est le parti qui seul me reste à suivre Après la perte que je fais.

Pour qui, grands dieux! voudrois-je vivre?

Et pour qui former des souhaits?

Fleuve, de qui les eaux baignent ces tristes sables. Ensevelis mon crime dans tes flots ; Et pour finir des maux si déplorables, Laisse-moi dans ton lit assurer mon repos.

LE niEU DU FLEUVE.

Ton trépas souilleroit mes ondes,

Psyché , le ciel te Ih défend ; Et peut-être qu'après des douleurs si profondes

Un autre sort t'attend. Fuis plutôt de Vénus 1 implacable colère.

Je la vois qui le cherche et qui te veut punir L'amour du îil.s a fait la haine de la mère.

Fuis , je saurai la retenir.

PSYCHÉ

J'attends ses fureurs vengeresses; Qu'auront-ellts pour moi qui ne me soit trop doux ' Qui cherche le trépas ne craint dieux ni déesses,

Et peut braver tout leur courroux.

458 PSYCHÉ

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