‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 281 sur 285 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LAMOUR, PSYCHÉ évanouie.

l'amour.

Votre péril, Psyché, dissipe ma colère, Ou plutôt de mes feux Tardeur n'a point cessé; Et bien qu au dernier point vous m'ayez su déplaire,

Je ne me suis intéressé

Que contre celle de ma mère.

J'ai vu tous vos travaux, j'ai suivi vos malheurs, Mes soupirs ont par-tout accompagné vos pleurs. Tournez les yeux vers moi, je suis encor le inème. Quoi! je dis et redis tout haut que je vous aime, Et vous ne dites point, Psyché, que vous m'aimez! Est-ce que pour jamais vos beaux yeux sont fermés. Qu'à jamais la clarté leur vient d'être ravie? O mort! devois-tu prendre un dard si criminel, Et, sans aucun respect pour mon être éternel.

Attenter à ma propre vie?

Combien de fois, ingrate déité,

Ai-je grossi ton noir empire Par les mépris et par la cruauté D'une orgueilleuse et farouche beauté !

Combien même, s'il le faut dire, T'ai-je immolé de fidèles amants

A force de ravissements !

Va , je ne blesserai plus d'ames ,

Je ne percerai plus de cœurs

ACTF. V, aCÈNE [V. 4(19

Qu'avec des dards trempés aux divines liqueurs Qui Dourrissent du ciel les iramortelles flammes, Et n'en lancerai plus que pour faire à tes yenx

Au tant d'amants, autant de diuux.

Et vous, impitoyable mère.

Qui la forceii à m'ai-racher '

Tout ce que j'avois de plus cher, Craignez, à votre tour, l'effet de ma colère.

Vous me voulez faire la loi , Vous, qu'on voit si souvent la recevoir de moi! ' Vous <|ui portez un cœur sensible comme uu autre, Vous enviez au mien les délices du vôtre!

Mais dans ce même cœur j'enfoncerai des coups Qui ne seront suivis que de chagrins jaloux; Je vous accablerai de honteuses surprises.

Et choisirai par-tout, à vos vœux les plus doux.

Des Adonis et des Anchises,

Qui n'auront que haine pour vous.

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