‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 41 sur 285 · ACTE IV, SCfiNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCfiNE VI

Souffrez que son excès tout entier se déploie, Quîl fasse voir aux miens celui de votre amour.

AKDARIC.

Vous allez soupirer, madame, à votre tour,

A moins que votre cœur malgré vous se prépare

A n'avoir rien d'humain non plus que ce barbare.

Il me choisit pour vous ; c'est un honneur bien grand Mais qui doit faire horreur par le prix qu'il le vend. A recevoir ma main pourrez-vous être prête, S'il faut qu'à Valamir il en coûte la tète?

I LDI ONT.

Quoi, seigneurl

A Rn Allie. Attendez à vous en étonner Que vous sachiez la main qui doit l'assassiner. C'est à cet attentat la mienne qu'il destine, Madame.

C'est par vous, seigneur, qu'd l'assassine?

AROARIi:.

Il me fait son bourreau pour perdre un autre roi A qui fait sa fureur la même offre qu'à moi.

Aux dépens de sa tête il veut qu'on vous obtienne, Ou lui donne Honorie aux dépens de )a mienne : Sa cruelle faveur m'en a laissé le choix.

ILDJOMl.

Quel crime voit sa rage à punir en deux rois?

AHDAHIC.

Le crime de tous deux, c'est d'aimer deux princesses, C'est d'avoir, mieux que lui, mérité leurs tendresses.

7i ATTILA.

De vos bontés pour uous, il nous fait un malheur , Et d'un sujet de joie un excès de douleur.

ILDIONE

Est-il orgueil plus lâche , ou lâcheté plus noire? Il veut que je vous coûte ou la vie ou la gloire, Et serve de prétexte au choix infortuné D'assassiner vous-même ou d'être assassiné!

Il vous offre ma main comme un bonheur insigne , Mais à condition de vous en rendre indigne; Et si vous refusez par là de m'acquérir, Vous ne sauriez vous-même éviter de périr!

ARDARIC.

Il est beau de périr pour éviter un crime;

Quand on meurt pour sa gloire, on revit dans l'estime;

Et triompher ainsi du plus rigoureux sort,

C'est s'immortaliser par une illustre mort.

ILDIONE

Cette immortalité qui triomphe en idée Veut être, pour charmer, de plus loin regardée; Et quand à notre amour ce triomphe est fatal, La gloire qui le suit nous en console mal.

ABDARIG.

Vous vengerez ma mort; et mon ame ravie....

ILDIONE

Ah ! venger une mort n'est pas rendre une vie : Le tyran immolé me laisse mes malheurs, Et son sang répandu ne tarit pas mes pleurs.

ARDARIC.

Pour sauver une vie, après tout, périssable, En rendrois-je le reste infâme et détestable?

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