‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 5 sur 285 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Ou tremblera du moias au nom de leurs François.

Vous doue, qui connoissez de combien d'importance Est poui" nos {jrands projets l'une et l'autre alliance, Prétez-iooi des clartés pour bien voir aujourd'hui De laquelle ils auront ou plus ou moins d'appui; Qui des deux, honoré jiar ces nœuds domestiques, Nous vengera le mieux dos champs catalauniques; Et qui des deux enfin, déchu d'un tel espoir, Sera le plus à craindre à qui veut tout pouvoir.

AEtDAitlC.

En letat oii le ciel a mis votre puissance

Nous mettrions en vain leurs forces en balnnce :

Tout ce qu'on y peut voir ou de plus ou de moins

Ne vaut pas amuser le moindre de vos soins.

L'un et l'autre traité suffit pour uous iustruii'e

Qu'ils vous craignent tous deux et n'osent plus vous nuire.

Ainsi, saas perdre temps à vous inquiéter.

Vous n'avez que vos yeux, seigneur, à consulter.

Laissez aller ce choix du côté du mérite

Pour qui, sur leur rapport, l'amour vous sollicite;

Croyez ce qu'avec eux votre cœui' résoudra;

£t de ces potentats s'offense qui voudra.

ATTILA

L'amour chez Attila n'est pas un bon sulTrag»-;

Ce qu'on m'en donneroit me ticndroit lieu don iragc;

Et tout exprès ailleurs je portcrois ma foi.

De peur qu'on n'eût par là trojJ de pouvoir sui' moi.

Les femmes qu'on adore usurpent un empin;

Que jamais un mari n'ose ou ne peut dédire :

C'est au consmundes rois à se phiiie en luui's fer?-.

i8 ATTILA.

Non à ceux dont le nom fait trembler Tunivers. Que chacun de leurs yeux aime à se faire esclave; Moi, je ne veux les voir qu'en tyrans que je brave : Et par quelques attraits qu'ils captivent un cœur, Le mien en déprt d'eux est tout à ma grandeur. Parlez donc seulement du choix le plus utile, Du courroux à dompter ou plus ou moins facile; Et ne me dites point que de chaque côté Vous voyez comme lui peu d'inégalité.

En matière d'état ne fût-ce qu'un atome, Sa perte quelquefois importe d'un royaume; Il n'est scrupule exact qu'il n'y faille garder, Et le moindre avantage a droit de décider.

VALAMIR

Seigneur, dans le penchant que prennent les affaires. Les grands discours ici ne sont pas^ nécessaires; Il ne faut que dos yeux; et pour tout découvrir. Pour décider de tout, on n'a qu'à les ouvrir.

Un grand destin commence, un grand destin s'achève L'empire est prêt à choir, et la France s'élève ; L'une peut avec elle affermir son appui.

Et l'autre en trébuchant l'ensevelir sous lui. Vos devins vous l'ont dit; n'y mettez point d'obstacles. Vous qui n'avez jamais douté de leurs oracles : Soutenir un état chancelant et brisé,

* Dans cette délibération politique 9 on trouve encore des intentions dignes de Corneille : cette scène est d'un genre qu*il affectionnait, mais plus propre à la dissertation qu'à la tragédie, quoiqu'il en eût pu faire, dans son bon temps, un grand et magnifique ta])lean. P.

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