‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 53 sur 285 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HONGRIE, OCTAR.

HONORIE.

Tu le vois, pour toucher cet orgueilleux courage,

J'ai pleuré, j'ai prié, j'ai tout mis en usage,

Octar; et, pour tout fruit de tant d'aliaissemcnt,

Le barbare me traite encor plus fièrement!

S'il reste quelque espoir, c'est toi seul qu'il regarde.

Prendras-tu bien ton temps? Tu commandes sa gardi-.

La nuit et le sommeil vont tout metlri' en ton choix;

88 ATTILA

Et Flavie est le prix du salut de deux rois.

OCTAR.

Ah ! madame, Attila, depuis votre menace, Met hors de mon pouvoir Feffet de cette audace. Ce défiant esprit n'agit plus maintenant, Dans toutes ses fureurs, que par mon Ueutenant; C'est par lui qu'aux deux rois il fait ôter les armes ; Et deux mots en son ame ont jeté tant d'alarmes, Qu'exprès à votre suite il m'attache aujourd'hui Pour m'ôter tout moyen de m'appi'ocher de lui. Pour peu que je vous quitte il y va de ma vie. Et s'il peut découvrir que j'adore Flavie...

HONGRIE

Il le saura de moi , si tu ne veux agir, Infâme, qui t'en peux excuser sans rougir :

Si tu veux vivre encor, va, cherche du courage. Tu vois ce qu'à toute heure il immole à sa rage; Et ta vertu, qui craint de trop paroître au jour, Attend , les bras croisés , qu'il t'immole à son tour ! Fais périr, ou péris; préviens, lâche, ou succombe; Venge toute la terre , ou grossis l'hécatombe. Si la gloire sur toi, si l'amour ne peut rien. Meurs en traître , et du moins sers de victime au mien.

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