‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 54 sur 285 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

VAL* M m.

L'impatient transport d'une joie imprévue.

Notre tyran n'est plus.

HllNOniF-

Il est mort?

VALAMlll.

ÉcouteE

Comme enfin l'ont puni ses propres cruautés ,

Et comme heureusemErut le ciel vient de souscrire

A ce que nos malheurs vous ont fait lui prédire.

A peine sortions-nous, pleins de trouble et d'iiorreur,

Qu'Attila recommence à saigner de fureur,

Mais avec abondance^ et le sang qui bouillonne

Forme un si gros torrent, que lui-même il s étonne.

Tout surpris qu'il en est, « S'il ne veut s'arrêter,

" Dir-il , on me paiera ce qu il m'en va coûter. «

Il demeure ù ces mots sans parole, sans Force;

Tous ses sens d'avec lui font un soudain divorce :

Sa gorge enfle, et du sang dont le cours s'épaissit

Le passage se ferme, ou du moins s'étrccit.

De ce sang renfermé la vapeur en furie

Semble avoir étouffé sa colère et sa vie;

Fa déjà de son front la funeste pâleur

N opposoit à la mort qu'un reste de chaleur,

Lorsqu'une illusion lui prcsente son frère.

Et lui rend tout d'un coup la vie et la colère :

II croit le voir suivi des ombies de six rois,

Qu'il se veut immoler une seconde fois;

Mais ce retour si prompt de sa plus noire audace

N'est qu'un dernier effort de la nature lasse.

90 ATTILA

Qui, prête à succomber sous la mort qui Tatteint»

Jette un plus vif éclat , et tout d'uu coup s'éteint.

C'est en vain qu'il fulmine à cette affreuse vue,

Sa rage qui renaît en même temps le tue.

L'impétueuse ardeur de ces transports nouveaux

A son sang prisonnier ouvre tous les canaux;

Son élancement perce ou rompt toutes les veines,

Et ces canaux ouverts sont autant de fontaines

Par où l'ame et le sanTg se pressent de sortir,

Pour terminer sa rage et nous en garantir.

Sa vie à longs ruisseaux se répand sur le sable;

Chaque instant Taffoiblit, et chaque effort l'accable;

Chaque pas rend justice au sang qu'il a versé,

Et fait grâce à celui qu'il avoit menacé.

Ce n'est plus qu'en sanglots qu'il dit ce qu'il croit dire

Il frissonne, il chancelle, il trébuche, il expire;

Et sa fureur dernière, épuisant tant d'horreurs,

Venge enfin l'univers de toutes ses fureurs.

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