‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 65 sur 285 · ACTE I, SCÈNE I!I. ii · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I!I. ii

ALBIK.

Cependant n'est-ce rien que ce cœur soit à vous?

DOMn lAM.

D'un bonheur si mal sur je ne suis point jaloux; Et trouve peu de jour à croire qu'elle m'aime. Quand elle ne regarde et n'aime que soi-même.

AI.BrN.

Seigneur, s'il m'est permis de parler librement,

Dans toute la nature aimc-t-on autrement'?

L'amour-propre est la source en nous de tous les autres

C'en est le seiitiraent qui forme tous les nôtres;

Lui seul allume, éteint, ou chan^;e nos désirs :

Les objets de nos vœux le sont de nos plaisirs.

Vous-ioême, qui brûlez diiuc ardeur si fidèle,

Aimez-vous Dorailie, ou vos plaisirs en elle?

Et quand vous aspireu à des lîeus si doux,

Est-ce pour l'amour d'elle , ou pour l'amour de vous;

De sa possession l'aimable et rhère idée

Tient vos sens enchantés et votre ame obsédée;

Mais si vous conceviez quelques destins meilleurs,

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ii4 TITE ET BÉRÉNICE.

Vous porteriez bientôt toute cette ame ailleurs. Sa conquête est pour vous le comble des délices; Vous ne vous figurez ailleurs que des supplices : C'est par là qu'elle seule a droit de vous charmer; Et vous n'aimez que vous, quand vous croyez l'aimer.

DOMITIAN

En l'état où je suis, les maux dont je soupire M'ôtent la liberté de te rien contredire :

Cherchons-en le remède , au lieu de raisonner Sur l'amour où le ciel se plaît à m'obstiner. N'est-il point de secret, n'est-il point d'artifice...

ALBIN

Oui, seigneur, il en est; rappelons Bérénice; Sous le nom de César pratiquons son retour, Qui retarde l'hymen, et suspende l'amour.

DOMITIAN

Que je verrois, Albin, ma volage punie, Si de ces grands apprêts pour la cérémonie, Que depuis si long- temps on dresse à si grand bruit, Elle n'a voit que l'ombre, et qu'une autre eût le fruit! Qu'elle seroit confuse! et que j'aurois de joie! Mais il faut que le ciel lui-même la renvoie. Cette belle rivale; et tout notre discours Ne la sauroit ici rendre dans quatre jours.

ALBIN

N'impoi'te: en l'attendant préparons sa victoire;

Dans Icsprit d'un rival ranimons sa mémoire;

lletraçons à ses yeux limage du passé.

Et profitons par là d'un cœur embarrassé.

N'y perdez point de temps; allez, sans plus rien taire,

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