‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 7 sur 285 · ACTE 1, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE II

Sa sœur à cinquante ans le tenoit en tutéle, Et fut, tant qu'il ré{;iia, laine de ce granil corps. Dont elle fait encor mouvoir tous les ressorts.

Pour Valentinian , tant tju'a vécu sa mère , H a semblé répondre à ce grand caractère; Il a paru régner : mais on voit aujourd'hui Qu'il régnoitpar sa mère, ou sa mère pour lui; Et depuis son trépas il a trop fait connoitre Que s'il est empereur, Aétius est maître; Et cen seroit la sœur qu'il faudroit obtenir. Si jamais aux Romains vous vouliez vous unir.

Au reste, un prince foible, envieux, mol, stupîdé. Qu'un heureux succès enfle, un douteux intimide. Qui pour unique emploi s'attache à son plaisir, Et laisse le pouvoir à qui s'en peut saisir.

Mais le grand Mérouée est un roi magnanime, Amoureux de la gloire, ardent après l'estime, Qui ne permet aux siens d'emploi, ni de pouvoir, Qu'autant que par son ordre ils en doivent avoir. Il sait vaincre et régner; et depuis sa victoire, S'il a déjà soumis et la Seine et la Ivoire, Quand vous voudrez aux siens joindre vos combatlanls La Garonne et l'Arar ne tiendront pas loug-iemps. Alors ces mêmes champs, témoins de notre honte. En verront la vengeance et plus liante et plus prompte; Et, pour glorieux prix d'avoir su nous venger, Vous aurez avec lui la Gaule à partager; D'où vous ferez savoir à toute l'Italie Que lorsque la prudence à la valeur s'allie, Il n'est rien à l'épreuve, et qu'il est temps ipt'enliu

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Et du Tibre et du Pô vous fessiez le destin.

ARDARIG.

Prenez-en donc le droit des mains d'une princesse Qui rapporte pour dot à Tardeur qui vous presse; Et paroissez plutôt vous saisir de son bien, Qu'usurper des états sur qui ne vous doit rien. Sa mère eut tant de part à la toute-puissance, Qu'elle fit à l'empire associer Constance; Et si ce même empire a quelque attrait pour vous, La fille a même droit en faveur d'un époux.

Allez la force en main demander ce partage.

Que d'un père mourant lui laissa le suffrage : Sous ce prétexte heureux vous verrez des Romains Se détacher de Rome, et vous tendre les mains. Aétius n'est pas si maître qu'on veut croire, Il a jusque chez lui des jaloux de sa gloire; Et vous aurez pour vous tous ceux qui daiis le cœur Sont mécontents du prince, ou las du gouverneur. Le débris de l'empire a de belles ruines; S'il n'a plus de héros, il a des héroïnes.

Rome vous en offre une, et part à ce débris; Pourriez-vous refuser votre main à ce prix?

Ildione n'apporte ici que sa personne, Sa dot ne peut s'étendre aux droits d'une couronne» Ses Francs n'admettent point de femme à dominer; Mais les droits d'Honorie ont de quoi tout donner. Attachez-les, seigneur, à vous, à votre race; Du fameux Théodose assurez-vous la place :

Rome adore la sœur, le frère est sans pouvoirj^ On hait Aétius; vous n'avez qu'à vouloir.

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