SCÈNE III
DOMITIE, DOMITIAN, ALBIN, PLAUTINE.
I DOMITIK.
Prince, si vous m'aimez, l'occasion est belle.
IIOMITI.l>.
Si je vous aime! Est-il un timaot plus fidèle? Mais, madame, sachons ce que vous souhaitez.
OOMITIK.
Vous me servirez mal , puisque vous en doutez. L'amant digne du cœur de la beauté qu'il aime Sait mieux ce qu'elle veut que ce qu'il veut lui-même. Mais, puisque j'ai besoin d'expliquer mon courroux, J'en veux à Bérénice, à l'empereur, à vous; A lui, qui n'ose plus m'airoeren sa présence; A vous, qui vous mettez de leur intelligence. Et dont tous les amis vont servir un amour Qui me rend à vos yeux la fable de la cour.
Si vous m'aimez, sei{[ncur, il faut sauver ma gloire, M'assurer par vos soins uue pleine victoire; .Il&iut...
r54 TITE ET BÉRÉNICE.
DOMITIAN
Si VOUS croyiez votre bonheur douteux ^ Votre retour vers moi seroit-il si honteux?
Suis-je indigne de vous? suis-je si peu de chose Que toute votre gloire à mon amour s'oppose?
Ne voit-on plus en moi ce que vous estimiez?
Et suis-je moindre enfin qu alors que voua m'aimiez?
DOMITIE.
Non : mais un autre espoir va m'accabler de honte,, Quand le trône m'attend, si Bérénice y monte. Délivrez-en mes yeux, et prétez-moi la main Du moins à soutenir Fhonneur du nom romain.
De quel œil verrez-vous qu'une reine étrangère....
DOMITIAN
De Toeil dont je verrois que l'empereur, mon frère^ En prît d'autres pour vous, ranimât mon espoir , Et pour se rendre heureux usât de son pouvoir.
DOMITIE.
Ne vous y trompez pas; s'il me donne le change^ Je ne suis point à vous, je suis à qui me venge, Et trouverai peut-être à Rome assez d'appui Pour me venger de vous aussi bien que de lui.
DOMITIAN
Et c'est du nom romain la gloire qui vous touche, Madame? et vous l'avez au cœur comme en la bouche Ah! que le nom de Rome est un nom précieux, Alors qu'en la servant on se sert encor mieux, Qu'avec nos intérêts ce grand devoir conspire, Et que pour récompense on se promet l'empire l Parlons à cœur ouvert, madame, et dites-mQi
I ACTE IV, SCÈNK III. i55
I Quel fruit je dois attendie enfîn d un tel emploi.
I DOMITIE.
I Vonlez-vous pour servir être sûr du salaire ,
Seigneur? et n'avez-vous qu'un amour mercenaii-e?
DOMITIAN
Je n'en connois point d'autre, et ne conçois pas bien Qu'un amant puisse pkirc en ne prétendant rien.
DOMITIE.
Que ces prétentions sentent les amcs basses!
D0MITI4N
Les dieux à qui les sert font espérer des grâces.
DOMITIE.
Les exemples des dieux s'appliquent mal sur nous.
DOMITIAN
Je ne veux donc, madame , autre exemple que vous. K 'attendez-vous de ïite, et n'avez-vous pour Tite Qu'une stérile ardeur qui s'attache au mérite? De vos destins aux siens pressez-vous l'uQion Sans vouloir aucun fruit de tant de passion?
DOMITIE.
Peut-être en ce dessein ne suis-jc intéressée Que par l'iatérét seul de ma gloire blessée.
Croyez-moi généreuse, et soyez généreux :
N'aimez plus, ou n'aimez que comme je le veux. Je sais ce que je dois à l'amant qui m'oblige; Mais j'aime qu'on l'attende, et non pas qu'on re\ige : Et qui peut immoler son intérêt au mien.
Peut se promettre tout de qui ne promet rien.
i Peut-être qu'en l'état où je suis avec Tite, Je veux bien le quitter, mais non pas qu'il me quitte.
Vous en dis-je trop peu pour vousTimagineF?
Et depuis quand Famour n'ose-t-il deviner?
Tous mes emportements pour la grandeur suprême Ne vous déguisent point, seigneur, que je vous sime-, Et Ton ne voit que trop quel droit j'ai de haïr Un empereur sans foi qui meurt de me trahir.
Me condamnerez-vous à voir que Bérénice M'enlève de hauteur le rang d'impératrice?
Lui pourrez-vous aider à me perdre d'honneur^
DOMITTAN.
Ne pouvez-vous le mettre à faire mon bonheur?
DOMITIE.
J'ai quelque orgueil encor, seigneur^ je le confesse.. De tout ce qu'il attend rendez-moi la maîtresse , Et laissez à mon choix l'effet de votre espoir : Que ce soit une grâce, et non pas un devoir; Et que....
DOMITIAN
Me faire grâce après tant d'injustice f De tant de vains détours je vois trop l'artifice ^ Et ne saurois douter du choix que vous ferez Quand vous aurez par moi ce que vous espérez; Epousez, j'y consens, le rang de souveraine; Faites l'impératrice, en donnant une reine; Disposez de sa main; et, pour première loi, Madame, ordonnez-lui d'abaisser l'œil sur moL
DOMITIE.
Cet objet de ma haine a pour vous quelque charme l
DOMITIAN
Son nom seul prononcé vous a mise en alarme!