‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 100 sur 292 · MASSINISSE, SOPHONISBE, HERMINIE, MÉZÉTULLE · texte numérisé non relu

MASSINISSE, SOPHONISBE, HERMINIE, MÉZÉTULLE

SOPHONISBE

Pardonnez-vous à cette inquiétude Que fait de mon destin la triste incertitude, * Seigneur? et cet espoir que vous m'avez donné Vous fera-t-il aimer d'en être importuné?

Je suis Carthaginoise, et d'un sang que vous-même N'avez que trop jugé digne du diadème : Jugez par là l'excès de ma confusion

* Otk a dit que 09 qui déplat davantage dans la Sopkonisbe de Corneille, c'est que cette reine épouse ,1e vainquea|r de sonjmari I9 même jour que ce mari est prisonnier. Il se peut qu'une telle indécence, un tel mépris de la pudeur et des lois ait révolté tous les esprits bien faits ; mais les actions les plus condamnables , les plus révoltantes, son t très toovçnl admises dai^ la^tçagiê^ie» qui^idelk^so]àt amenées et traitées avec un grand art. Il n'y en a point du tout ici^ et les discours que se tiennent ces deux amans n'étaient pas capables de fdire excuser ce second mariage dans la maison même qu*babite encQre. le premier mari. ' . • > /f, miLi/

Farçionnei, monsieur, à Vinquiélude que FinferUfufie (U^mon destin fait. Jugez fexcèa de mc{ confusion. Si ce qu'pn vit d'intelii" gence entre noua ne noua convaincra point d'une vengeance iriâigne. Mais piua t injure eai grande , d'aufd/it mieux éclate ia géHé^àaiU de servir une ingrate, m\ae par votre bras liUHnén%9 hors d'éM ^.en reconnoUre l'éclat* , . . *

Cet horrible galimatias , hérissé de solécismes, esl-il bien propre à ' faire pardonner à Sophonisbe l'insolente indécence de sa conduite ?

On: ne peot excjoser^ Corneille qa'ea disant qu'il- a. fait Cirtna.

198 SOPHONISBE

A me voir attachée au char de Scipion ^

Et si ce qu'entre nous on vit d'inteffigence

Ne vous convaincra point d'une indigne vengeance ^

Si vous écoutez plus de vieux ressentimeiM(

Que le sacré respect de vos derniers serments.

Je fus ambitieuse j inconstante et parjure. Plus votre amour fut ^and, plus grande en est l'injure : Mais plus il a paru, plus il vous fait de lois Pour défendre l'honneur de votre premier choix; Et plus rin)ure est grande, et d'autant mieux éclate La générosité de servir une ingrate Que votre bras lui-même a mise hors d'état D'en pouvoir dignement reconnoître l'éclat.

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Âh! si vous m'en devez quelque reconnoissance. Cessez de vous «n faire une Élusse impuissance : De quelque dur revers que vous sentiez les coups, Vous pouvez plus pour moi que je ne puis pour vous. }e dis plus : je ne puia pour vous «ucune chose , A moins qti'à m'y servir ce revers tous dispose. J'ai promis; mais sans vous j'aurai promis en vain ; J'ai juré , mais l'efiel dépend de votre main; Autre qu'elle en ces lieux ne peut brt«er vos cbaftnes: En un mot, le triomphe est un supplice aux reines; La femme du vaincu ne le peut éviter.

Mais celle du vainqueur n'a rien à redouter» De l'une il est aisé que vous deveniez l'autre; Votre main par mon sort peut relever le vôtre : Maïs vous n'avez qu'une heure , ou plutôt qu'un moment; Pour résoudre votre âme à ce grand changement.

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