‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 108 sur 292 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ÉRYXE, MASSINISSE, BARCÉE.

ERYXE.

Comme avec vous, seigneur, je ne sus ja^mais feindre. Souffrez pour un moment que j'ose ici me plaindre, Non d'un amour éteint, ni d'un espoir déçu. L'un (ut mal allumé , l'autre fut mal conçu. Mais d'avoir cru mon âme et si foible et si basse , Qu'elle pût m'imputer votre hymen à disgrâce , Et d'avoir envié cette joie à mes yeux D'en être les témoins aussi-bien que les dieux. Ce plein aveu promis avec tant de franchise Me préparoit assez à voir tout sans surprise ; Et sûr que vous étiez de mon consentement. Vous me deviez ma part en cet heureux moment. J'aurois un peu plus tôt été désabusée ; Et , près du précipice où j'étois exposée , . Il m'eût été, seigneur, et m'est encor bien doux D'avoir pu vous connoître avant que d'être à vous. Aussi , n'attendez point de reproche ou d'injure. Je ne vous nommerai ni lâche , ni parjure. Quel outrage m'a fait votre manque de foi De me voler un cœur qui n'étoit pas à moi ? J'en connois le haut prix , j'en vois tout le mérite; Mais jamais un tel vol n'aura rien qui m'irrite ; Et vous vivrez sans trouble en vos contentements, S'ils n'ont à redouter que mes ressentiments.

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