‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 110 sur 292 · ACTE III, SCÈNE IL an · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL an

Vous verrez qu'ils auront pour vous trop d'amitié Pour vous laisser méprendre au choix d'une moitié. Ils ont pris trop de part en votre destinée Pour ne pas l'affranchir d'un pareil hyménée ; Et ne se croiroiept pas assez de vos amis^ S'ils n'en désavouoient les dieux qui l'ont permis.

MASSIJ^ISSC

Je m'en dédis, madame ; et s'il vous est facile De garder dans ma perte un cœur vraiment tranquille , Du moins votre grande âme, avec tous ses efforts, N'en conserve pas bien les fastueux dehors. Lorsque vous étouffez l'injure et la menace , Vos illustres froideurs laissent rompre leur glace; Et cette fermeté de sentiments contraints S'échappe adroitement du côlé des Romains. Si tant de retenue a pour vous quelque gène , Allez jusqu'en leur camp solliciter leur haine ; Traitez-y mon hymen de lâche et noir forfait ; N'épargnez point les pleurs pour en rompre l'effet ; Nommez-y-moi cent fois ingrat, parjure, traître : J'ai mes raisons pour eux , et je les dois connoitre.

ERYXE.

Je les connois, seigneur, sans doute moins que vous. Et les connois assez pour craindre leur courroux.

Ce grand titre de roi que seul je considère. Étend sur moi l'affront qu'en vous ils vont lui faire; Et rien ici n'échappe à ma tranquillité Que par les intérêts de notre dignité.

Dans votre peu de foi c'est tout ce qui me blesse. Vous allez hautement montrer notre foiblesse.

2ï2 SOPHONISBE.

Dévoiler notre honte, et &ire voir à tous Quels fantômes d'état on fait régner en nous. Oui , vous allez forcer nos peuples de connoître Qu'ils n'ont que le sénat pour véritable maître; Et que ceux qu'avec pompe ils ont vu couronner En reçoivent les lois qu'ils semblent leur donner. C'est là mon déplaisir. Si je n'étois pas reine, Ce que je perds en vous me feroit peu de peine : Mais je ne puis soufinr qu'un si dangereux choix Détruise en un moment ce peu qui reste aux rois , Et qu'en un si grand cœur l'impuissance de l'être Ait ménagé si mal l'honneur de le paroître.

Mais voici cet objet si charmant à vos yeux. Dont le cher entretien vous divertira mieux. '

1 Scène froide encore y par la même raison qu'eUe n'apporte ancun changement y qu'elle ne forme aucan nœad , que les personnages répètent une partie de ce qu'ils ont déjà dit, qu'on ne s'intéresse point à Éryse , qu'elle ne fait rien du tout dans la pièce. Ce sont les Romains , el non pas Eryze , que Massinisse doit craindre ; qu'elle se plaigne ou qu'elle ne se plaigne pas , les Romains voudront toajours mener Sophonisbe en triomphe. Mais le pis de tout cela , c'est qu'on ne saurait plus mal écrire. La première loi quand on fait des Ters , c'est de les fiûre bons.

Page 1