‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 149 sur 292 · FIN DE SOPHONISBE · texte numérisé non relu

FIN DE SOPHONISBE

OTHON

TRAGÉDIE

PREFACE DE VOLTAIRE

Il ne faut guère ^n croire sur un ouvrage ni l'auteur ni ses amis , encore moins les critiques précipitées qu'on en &it dans la nouveauté. En vain Corneille dit dans sa préface que cette pièce égale ou passe la meilleure des siennes j en vain Fontenelle fait l'éloge dHOthon : le temps seul est juge souverain } il a banni cetie pièce du théâtre. Il y en a sans doute une raison qu'il faut chercher ; je n'en connais point de meilleure que l'exemple de Bfitannicus. Le temps nous a appris que quand on veut mettre la politique sur le théâtre , il faut la traiter comme Racine, y jeter de grands intérêts^ des passions vraies , et de grands mouvemens d'éloquence j et que rien n'est plus nécessaire qu'un style pur , noble , coulant et égal , qui se soutienne d'un bout de la pièc^e à l'autre. Voilà tout ce qui manque à Othon.

Avouons que cette tragédie n'est qu'un çirrangement de famille; on ne s'y intéresse pour personne : il y est beaucoup parlé d'amour, et cet amour même refroidit le lecteur. Lorsque ce ressort, qui

devrait attacher^ a manqué son effet , la pièce est perdue.

Il est dit dans Fliistoire du théâtre, à l'article Oihon , que Corneille refit trois fois le cinquième acte : j'ai de la peine à le croire; mais si la chose est vraie , elle prouve qu'il ËJIait le refaire une quatrième fois, ou plutôt qu'il était impossible de tirer un cinquième acte intéressant d'un sujet ainsi arrangé. Corneille ne refit pas trois fois la première scène du premier acte, qui est pleine de très grandes beautés. Quand le sujet poi^e l'auteur, il vogue à pleines voiles; mais quand l'auteur porte le sujet, quand il est accablé du poids de la difficulté, et refroidi par le défaut d^intérêt qu'il ne peut se dissimuler à lui-même, alors tous ses efforts sont inutiles. Corneille pouvait être d'abord échauffé par le beau portrait que fidt Tacite de la cour de Galba, et par le discours qu'il prête à cet empereur.

Le nom de Rome était encore quelque chose d'important. Corneille avait assez d'invention pour former une intrigue de cinq actes; mais tout cela n'avait rien d'attachant ni de tragique. Il le sentit sans doute plus d'une fois en composant; et quand il fut au cinquième acte, il se vit arrêté : il s'aper-

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çut trop tard que ce n^était pas là une tragédie. Racine lui-même aurait échoué dans un sujet pareil. *

♦ Presque toutes les préfaces de Voltaire , et celle-ci , entre autres , sont d'un excellent ton : il ne fait aucune grâce aux défauts de la pièce ^ la stérilité du fond , la faiblesse du style y tout ce qui peut donner lieu enfin à une critique judicieuse , est remarqué avec autant de goût que d'impartialité. On n'y trouve ni sarcasmes, ni plaisanteries déplacées, ni expressions violentes ou amëres ^ c'est la raison qui juge , et qui seule avait le droit de juger Corneille } et voilà le modèle que Voltaire aurait dû suivre constamment dans son commentaire : cependant il ne rend pas assez de justice à la prodigieuse fécondité d'invention que suppose , dans ce grand poète , le nombre et la variété de ses plans , et à la manière , à la fois savante et fidèle , dont il a toujours saisi les dijflférens caractères de ses personnages. P.

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DE CORNEILLE

AU LECTEUR

oi mes amis ne me trompent ^ cette pièce égale ou passe la meilleure des miennes. Quantité de suffrages illustres et solides se sont déclares pour elle; et, si j'ose y mêler le mien, je vous dijai que vous y trouverez quelque justesse dans la conduite, et un peu de bon sens dans le raisonnement. Quant aux vers , on n'en a point vu de moi que j'aie travaillés avec plus.de soin. Le sujet est tire de Tacitç ^ qui commence ses histoires par celle-ci; et je n'en ai encore mis aucune sur le théâtre à qui j'aie garde plus de fidélité , et .prêté plus d'invention. Les caractères dé ceux que j'y fais parler y sont les mêmes que chez cet incomparable auteur, que j'ai tra^

duit tant qu'il ma été possible. J'ai tâché de faire paraître les vertus de mon hëros en tout leur éclat , sans en dissimuler les vices ^ non plus que lui 5 et je me suis contenté de les attribuer à une politique de cour, où, quand le souverain se plonge dans les débauches 9 et que sa faveur n'est qu'à ce prix , il y a presse à qui sera de la partie. J'y ai conservé les événements, et pris la liberté de changer Ja manière dont ils arrivent , pour en jeter tout le crime sur un méchant homme, qu'on soupçonna dès-lors d'avoir donné des ordres secrets pour la mort de Vinius, tant leur inimitié étoit forte et déclarée ! Othon avoit promis à ce conisul d'épouser sa fille, s'il le pouvoit faire choisir à Galba pour successeur; et comme il se vit empereur sans son ministère , il se crut dégagé de cette promesse , et ne l'épousa point. Je n'ai pas voulu aller plus loin que l'histoire ; et je puis dire qu'on n'a point encore vu de pièce où il se propose tant de mariages pour n'en conclure aucun. Ce sont intrigues de cabinet qui se

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détruisent les unes les autres. «Ten dirai davantage quand mes libraires joindront celle-ci aux recueils qu'ils ont faits de celles de ma façon qui Font précédée.

PERSONNAGES

GÂLBÂy empereur de Aome.

VINIUS, consul.

OTHON ^ sénateur romain , amant de Plautine.

L Â C U S ^ préfet du prétoire.

CAMILLE, nièce de Galba.

PLAUTINE, fille de Vinius, amante d'Othon.

MARTI AN, affranchi de Galba.

ALBIN, amid'Othon.

ALBIANE, sœur d'Albin, et dame d'honneur de

Camille.

FLAVIE, amie de Plautine.

ATTICUS,

. } soldats romams.

RUTILE

La scène est à Rome, dans le palais impérial.

OTHON

Madame^ j'ave^^-vou^r Iat crûn/t^ de Zaeié^.^

ActeV. Sc^.

OTHON

TRAGÉDIE

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