ACTE I, SCÈNE IL
Nous serons pareil nombre , et dans régalité , Galba pour oette nièce aura de la bonté. ' Il a remis exprès à tantôt d'en résoudre. De nos. téte$ sur eux détournez cette foudre» Je vous le dis encor^ contre c^s grands jaloux Je ne me puis ^ seigneur ^ assurer que sur vous. De votre premier choix quoi que je doive attendre. Je vous aime encor mieux pour niaître que pour g^udrq ; Et je ne vois pour nous qu'un naufrage certain. S'il nous faut recevoir un prince de leur main.
OTHON
Ah! seigneur, sur ce point c'est trop de confiance ; C'est vous tenir trop sûr de mon obéissance. ' Je ne prends plus de lois que de ma passion; Plautine est l'objet seul de mon ambition j Et si votre amitié me veut détacher d'elle , La haine de Lacus me seroil moins cruelle. Que m'importe après tout, si tel est mon malheur, De mourir par son ordre, ou mourir de douleur?
VINIUS.
Seigneur, un grand courage, à quelque point qu'il aîme. Sait toujours au besoin se posséder soi-même. Poppée avoit pour vous du moins autant d'appas; Et quand on vous l'ôta vous n'en mourûtes pas.
OTHON
Non , seigneur ; mais Poppée étoit une infidèle ,
Qui n'en vouloit qu'au trône , et qui m'aimoit moins qu'elle ;
Ce peu qu'elle eut d'amour ne fit du lit d'Othon
Qu'un degré pour monter à celui de Néron ;
Elle ne m'épousa qu'afin de s'y produire, *• « ,-
28o OTHON.
D y ménager sa pkoe au hasard de me mûre : Aussi j'en fa& banni sous un titre d'honneur; Et pour ne me plus voir on me fit gouverneur. Mais j'adore Plautine , et je régne en son âme : Nous ordonner d'éteindre une si belle flamme^ C'est.-, je n'ose le dire. 11 est d'autres Romains^ * Seigneur, qui sauront mieux appuyer vos desseins; ' Il en est dont le cœur pour Camille soupire,
' .nest d*a«trM Romsins,
Seigneur , qui sauront mienx appuyer vos desseins.... Et qui seront ravis de tous devoir Tempire....
Sans Plautine,
L'amour m*est un poison , le bonheur m*assassine.»>.
Les douceurs du pouvoir souverain
Me sont d'afïreux tourments , s'il m'en conte sa main.... ■ * Vous voulez que je règne , et je ne sais qu'aimer.
Je ne remarquerai que ces étranges vers dans cette scène ; ils sont eu partie le sujet de la pièce. Othon est amoureux : car , quoi qu'on en dise , encore une fois , il n'y a aucun des héros de Corneille qai ne le soit ; mais il est amoureux froidement. Il n'a d'abord demandé la fille de Vinius que par politique ; il n'a pas de ces passions violentes qui seules réussissent an théâtre , et qui seules font pardonner le refus d'un empire. Il a commencé par étaler la profondeur d'un courtisan habile ; il parle à présent comme un ;eune homme passionné et tendre. Il dément le caractère qu'il a fait paraître dans la première scène; et le même homme qui se fera nommer empereur, et qui détrônera Galba , renonce ici à l'empire. Le spectateur ne croit guère à cet amour ; il ne s'y intéresse pas. Un des meilleurs connaisseurs , en lisant Olhon poui' la première fois , dit à cette seconde scène : Il est impossible que la pièce ne soit froide; et il ne se trompa point. £n effet, ces craintes éloignées que montre Vinius de ce qui peut arriver un jour, ne sont point un assez grand ressort. n faut craindre des périls présens et véritables dans la tragédie , sans quoi tout languit, tout ennuie.