ACTE I, SCÈNE II
Et qui seront ravis de vous dévoir Fempire. i
VÏWItJS.
Je veux que cet espoir à d'autres soit permis j Mais êtes-vous fort sûr qu'ils soient de nos amis? Savez^'vous mieux que moi s'ils plairont à Camille ?
OTHON- '
Et croyez-vous pour moi qu'elle soit plus facile. Pour moi , que d'autres vœux. ". . •
VINIUS.
A ne vous rien celer, Sortant d'avec Galba , j'ai voulu lui parler; . J'ai voulu sur ce point pressentir sa pensée j J'en ai nommé plusieurs pour qui je l'ai pressée. A leurs noms, un grand froid, un front triste, un œil bas , M'ont fait voir aussitôt qu'ils ne lui pïaisoient pas : Au vôtre elle a rougi, puis s'est mise à sourire. Et ni'a soudain quitté sans me vouloir rien dire. C'est à vous, qui savez ce que c'est que d'aimer, A juger de son cceur ce qu'on doit présumer.
OTHON
Je n'en veux rien juger, seigneur; et sans Plautine L'amour m'est un poison, le bonheur m'assassine; Et toutes les douceurs du pouvoir souverain Me sont d'affreux tourments, s'il m'en coûte sa maija.
VINIUS.
De tant de fermeté j'aurois Fâme ravie , Si cet excès d'amour nous assuroit la vie ; Mais il nous faut le trône, ou renoncer au jour; Et quand nous périrons, que servira l'amour?
382 OTHON
OTHON
 de vaines frayeurs un. noir soupçon vous livre. Pison n'est point cruel et nous laissera vivre.
VINIUS.
Il nous laissera vivre ^ et je vous ai nomme I
Si de nous voir dans Rome il n'est point alarmé ,
Nos communs ennemis , qui prendront sa conduite ,
En préviendront pour lui la dangereuse suite*
Seigneur, quand pour l'empire on s'est vu désigner, *
Il faut, quoi qu'il arrive, ou périr, ou régner.
Le posthume Agrippa vécut peu sous Tibère j;
Néron n'épargna point le sang de son beau-frère ;
Et Pison vous perdra par la même raison ,
Si vous ne vous hâtez de prévenir Pison.
11 n'est point de milieu qu'en saine politique....
OTHON
Et l'amour est la seule où tout liion cœur s'appli^e. Rien ne vous, a servi, seigneur, de me nommer : Vous voulez que je règne, ot je ne sais qu'aimer. Je pourrois savoir plus ^ si l'astre qui domine Me vouloit faire un jour régner avec.Plauline j Mais dérober son âme à de si doux appas ,
"^ Voilà des vers qui mérilaient bien d*être remarqués. Voltaire a rendu moins heureusement , dans la Henriade , une pensée à peu prés semblable :
Quiconque a pu forcer son monarque à le craindre, A tout à redouter , s*il ne veut tout enfreindre.
Nous pourrions nous tromper , mais il nous semble qu'en parlant d'un sujet, on né peut pas dire son monarque, comme on dirait son maître ou son souverain. P.