‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 161 sur 292 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

OTHON, PLAUTINE.

OTHON

Arrêtez donc, seigneur; Et s'il faut prévenir ce mortel déshonneur , Recevez-en l'exemple, et jugez si la honte.... '

^ Othon , qui veat se tuer ainsi au premier acte pour une crainte imaginaire, et pour une maîtresse, excite plutôt .le rire que la ter» reur : rien n'est jamais plus mal reçu au théâtre qu'un désespoir mal placé, et qu'on n'attendait paA d'un homme qui n'a d'abord parlé que de politique. Ajoutons que celte scène entre Othon et Plautine est très faible. Je remarque que Plautine conseille ici à Othon précisément la même chose qu'Atalide à Bajazet : mais quelle différence de situation , de seiitimens et de style ! Bajazet est réellement en danger de sa yie , et Othon ne court ici qu'un danger chimérique. Plautine est raisonneuse et froide : Atalide est touchante , et a autant de délicatesse que d'amour. Enfin , ce qui est de la plus grande importance, les vers de Corneille ne valent rien, et ceux de Racine

ii86 OTHON.

PLAUTINX.

Quoi:! seigneur, à mes yeux une fureur si prompte ! Ce noble désespoir, si digne des Romains, Tant qu'ils ont du courage est toujours en leurs mains; Et pour vous et pour moi, ftl-il digne d'un temple, Il n'est pas enoor temps de m'en donner l'exemple. Il faut vivre, et l'amour vous y doit obliger. Pour me sauver un père , et pour me protéger. Quand vous voyez ma vie à la vôtre attachée , Faut-il que malgré moi votre âme effarouchée Pour m'ouvrir le tombeau hâte votre trépas. Et m'avance un destin où je ne consens pas?

OTHON

Quand il faut m'arracher tout cet amour de Fâme, Puis-je que dans mon sang en éteindre la flamme? Puis-je sans le trépas....

sont parfaits dans leur genre. Comparez, rien ne forme plus le goût, comparez aux vers d'Âtalide ces yers de Plautide t

Et n*aspire qa'an bien d'aimer et d'être aimée.... Qa*an tel épnrement demande an grand courage l.^* Et se croit mal aimé, 8*il n*en a Tassarance.... Et qne de yotre cœar tos yenx indépendants Triomphent comme moi des troubles dn dedans.... ConstrireK-moi toujours Testime et Tamitlé.

Cest le style , c'est la diction qui fait tout dans les scènes , où le spectateur est assez tranquille pour réfléchir sur les vers ; et encore est-il nécessaire de ne point négliger la diction dans les situations les plus frappantes du théâtre : en un mot , il faut toujours bieu écrire.

* Ces deux vers ne sont pas de Plautine , mais d'Othon ; il est fxai qne ceux de Plautine ne sont pas meilleurs. P.

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