ACTE II, SCÈNE I. i^gi
 vous faire un supplice est trop ingénieuse^ Quelque reste d'amour qui vous parle d'Othon , Madame y oubliez-en^ s'il se peut, jusqu'au nom. Vous vous êtes vaincue en faveur de sa gloire. Goûtez un plein triompbe après votre victoire : Le dangereux récit que vous me commandez Est un nouveau combat où vous vous hasardez. Votre âme n'en est pas encor si détachée Qu'il puisse aimer ailleurs sans qu'elle en soit touchée. Prenez moins d'intérêt à l'y voir réussir. Et fuyez le chagrin de vous en eclaircir.
" PLAUTIN».
Je le force moi-même à se montrer volage ;
Et regardant son change ainsi que mon ouvrage.
J'y prenais un intérêt qui n'a rien de jaloux :
Qu'on l'accepte, qu'il règne, et tout m'en sera doux.
PLAVIE.
J'en doute j et rarement une flamme si forte Souffre qu'à notre gré ses ardeurs....
Que t'importe ?
Laisse-m'en le hasard ; et , sans dissimuler , Dis de quelle manière il a su lui parler.
FLAYIE.
M'imputez donc qu'à vous si votre âme inquiète
c'est précisément dans ces mêmes situations qu'on voit la prodigieuse di£Férence qu'il y a entre le sentiment et le raisonnement , entre l'élégance et la dureté du style , entre cet art charmant qui développe avec une vérité si touchante tous les replis du - cœur ^ et la vaine déclamation ou la sécheresse.
^9^ OTHON
En ressent malgre.moi quelque gêne «ecrète^
Othon àla princeisse a. fait un compliment > ' Plus .en homtae de cour qu'en véritable amant. Son ëloquiEince accorle , enchaînant avec grâce L'excusfç .du siJieQce à celle de l'audace , En termes trop choisis accuspit le respect D'avoir t^nt retardé, cet hommage suspect. Ses gestes concertés,, ses regards de mesure * N'y laissoient aucun mot aller à l'aventure : On ne voyoit que pompe en tout ce qu'il peignoit; Jusque dans ses soupirs la justesse régnoit, Et suivoit pas à pas un eflbrt de mémoire - Qu'il étoit-plus aisé d'admirer que <ie croire. Caniille sembloit même assez de cet ayîs; Elle auroit mieux goûté des discours moins suivis; Je l'ai vu dans ses yeux : mais cette défiance Avoit avec son cœur trop peu d'intelligence. De ses )u3tes soupçons ses souhaits indignés Les ont tout aussitôt détruits ou dédaignés ;
' Toute cette tirade est entièrement du style de la comédie, mais de la. comédie froide et dénuée d'intérêt. Vamour qui est civilité dans Olhqn , ^ la civilité qui eH aiAoïtr dans Camille y est si éloigné delà tragédie, qu^on ne conçoit guère comment,ComeiUea,piiy faire entrer de pareilles phrases et de pareilles idées.
a Qn,'e8t-ce que des regarda de, mesure ^ et la justesse qui rè^iâ dans des soupirs ? et comment cette justesse de soupirs peut-elle suivie un effort de mèmoite ? Othon a-t-il appris par cœur un long compliment? de tels vers ne seraient tolérables en aucun genre de poésie. Que veut dire madame de Sévigné quand elle dit : Racine n' ira pas loin ; pardonnons de mauvais vers à Corneille ? Non , il ne faut pas pardonner des pensées fausses très mal exprimées :, il faut être Juste.