ACTE III, SCÈNE I. 3i
CAMILLE
On a cru que Plautine avoH toute Son âme*
ALBIANK.
On Ta dû croire aussi ^ mais on s'est abuse ; Autrement, Vinius l'auroit-il prc^posë?
Auroit-il pu trahir l'espoir d'en faire un gendre?
CAMILLE
En feignant 4e laimer que pouvok«il prétendre?
AX.BIANX.
De s'approcher de tous^ et sis faire en la cour
Un accès libre et sur pour un plus digne amour.
De Vinius par là gagnant la bienveillance ,
Il a su le jeter dans une autre espérance^
Et le flatter d'un rang j^us haut et plus certain , ,
S'il devenoit par vous empereur de sa main.
Vous voyez à ces soins que Vinius s'applique^
En même temps qu'Othon auprès de vous s'explique.
CAMILLE
Mais à se déclarer il a bicaa attendu*
âlbians.
Mon fipère jusque-là vous en a répondu^
CAMILLE
Tandis, tu m'as réduite à faire un peu d'avance , A consentir qu'Albin combattit son silence; Et même Vinius, dès qu'il me l'a nommé, A pu voir aisément qu'il pounroit être aimé.^
ALBIANB.
C'est la gêne où réduit celles de votre sorte La scrupuleuse loi du respect qu'on leur porte. Il arrête les vœux, captive les désirs,
3i6 OTHON.
Abaisse les regards^ étouffe les soupirs^
Dans le milieu du cœur 'enchaîne la tendresse ;
Et tel est en aimant le sort d'une princesse ,
Que , quelipie amour qu'elle ait /et qu'elle ait pu donner,
Il faut qu'elle devine, et force à deviner.
Quélqué'peu qu'on lui die, on craint de lui trop dire;
A peine on se hasarde à jurer qu'on l'admire ;
Et pour apprivoiser ce respect ennemi ,
Il Êiut qu'en dépit d'elle elle s'offre à demi.
Voyez-vous comme Othon sauroit encor se taire ,
Si je ne Tavois fait enhardir par mon frère ?
CAMILLE
Tu le crois donc qu'il m'aime?
A'LBlArrE.
Et qu'il lui seroit doux Que vous eussiez pour lui l'amour qu'il a pour vous.
CAMILLE
Hélas I que cet amour croit tôt ce qu'il souhaite ! En vain la raison parle , en vain elle inquiète. En vain la défiance ose ce qu'elle peut; Il veut croire , etné croit que parce qu'il le veut. Pour Plautine ou pour moi je vois du stratagème, Et m^obstine avec joie à ni'aveugler moi-même. Je plains cette abusée , et c'est moi qui le suis Peut-être, et qui me livre à d'étemels ennuis: Peut-être, en ce moment quUl m'est doux de te croire^ De ses vœux à Plautine il assure la gloire : Peut-être.... ' '