‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 179 sur 292 · ACTE III, SCÈNE I. 3i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. 3i

A moins d'un éclatant et généreux refus.

Et que devient Othon ?

ALBIANE.

Vous allez voir sa tête De vos trois ennemis aflfermir la conquête , Je veux dire assurer votre main à Pison , Et l'empire aux tyrans qui font régner son nom. Car comme il n'a pour lui qu'une suite d'ancêtrjes , Lacus let Martian vont être nos vrais maîtres ; Et Pison ne sera qu'un idole sacré * Qu'ils tiendront sur l'autel pour répondre à leur gré. Sa probité stupide autant comme farouche A prononcer leurs lois asservira sa bouche ; Et le premier arrêt qu'ils lui feront donner Les défera d'Othon qui les peut détrôner.

CAMILLE

0 dieux ! que je le plains !

ALBIANE.

11 est sans doute à plaindre^ Si vous l'abandonnez à tout ce qu'il doit CTaindre ;

insipide qa'une suivante qui dit, c'est la gêne où réduit celles de votre sorte,.: Si je n'av ois fait enhardir votre amante Une vous auroit pas parlé j etc. ; c'est une princesse qui répond : Tu le crois donc qu'il m* aime? he lecteur MUt. assez .qu'un devoir qui passe du. côté de Y amour,.*, se faire en la cour un accès pour un plus digne amour; en un mot, tout ce dialogue n'est pas ce qu'on doit attendre dans une tragédie.

'^ Idole , depuis Corneille j a changé de genre , et n'est plus que du féminin. P.'

3i4 OTHON.

Mais comme enfin la mort finira son ennui ^

Je crains fort de vous voir plus à plaindre que lui.

CAMILLE

L'hymen sur un époux donne quelque puissance.

ALBIANE.

Octavîe a péri sur cette confiance.

Son sang qui fume encor vous montre à quel destin

Peut exposer vos jours un nouveau Tigellin.

Ce grand choix vous en donne à craindre deux ensemble;

Et pour moi^ plus j'y songe , et plus pour vous je tremble.

CAMILLE

Quel remède^ Albiane ?

ALBIANB.

Aimer , et faire voir. . . •

CAMILLE

Que l'amour est sur moi phis fort que le devoir?

ALBIANE.

Songez moins à Galba qu'à LaCus qui voua brave ^ Et qui vous fait encor Iwaver par un esclave. Songez à vos périls; et peut-être à son tour Ce devoir passera du coté de Famour.

Bien que nous devions tout aux puissances suprêmes ^ Madame, nous devons quelque chose à nous-mêmes, Surtout quand nous voyons des ordres dangereux , Sous ces grands souverains, partir d'autres que d'eux.

Mais Othon m'aime-t-il ?

ALBIANE.

S'il vous aime ? ah , madame !

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