‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 191 sur 292 · ACTE JII, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE JII, SCÈNE V

Ne vous y trompez plus ; il a vu dans cette âme Et votre ambition et toute votre flamme; Et peut tout contre vous, à moins que contre lui Mon hymen chez Galba vous assure un appui.

OTHON

Eh bien ! il me perdra pour vous avoir aimée ;

Sa haine sera douce à mon âme enflammée ;

Et tout mon sang n'a rien que je veuille épargner.

Si ce n'est que par là que vous pouvez régner.

Permettez cependant à cçt amour sincère

De vous redire encor ce qu'il n'ose vous taire.

En l'état qu'est Pison , il vous faut aujourd'hui

Renoncer à l'empire , ou le prendre avec lui.

Avant qu'en décider, pensez-y bien, madame;

C'est votre intérêt seul qui fait poirier ma flamme*

Il est mille douceurs dans un grade si haut

Où peut-être, avez-vous moins pensé qu'il ne feut.

Peut-être en un moment serez-vous détrompée;

Et si j'osois encor vous parler de Poppée,

Je dirois que sans doute elle m'aimoit un peu ,

Et qu'un trône alluma bientôt un autre feu*

Le ciel vous a fait l'âme et plus grande et plus belle;

Mais vous êtes princesse, et femme enfin comme elle*

L'horreur de voir une autre au rang qui vous est dû.

Et le juste chagrin d'avoir trop descendu,

Presseront en secret cette âme de se rendre

Même au plus foible espoir de le pouvoir reprendre.

Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer ;

Mais l'empire en tout temps a de quoi les charmer.

L'amour passe, ou languit; et, pour fort qu'il puisse rire.

33o OTHON.

De la soif de régner il n'est pas toujours mattre.

€AM1LLE

Je ne sais quel amour je vous ai pu donner ^ Seigneur; mais sur Fempire il aime à raisonner : Je l'y trouve assez fort, et même d'une force A montrer qu'il connoit tout ce qu'il a d'amorce ; Et qu'à ce qu'il me dit touchant un si grand choix , Il a daigné penser un peu plus d'une fois. Je veux croire avec vous qu'il est ferme et sincère, Qu'il me dit seulement ce qu'il n'ose me taire; Mais à parler sans feinte....

OTHON

Ah, madame! croyez....

CAMILLE

Oui, j'en croirai Pison à qui vous m'envoyez; Et vous , pour vous donner quelque peu plus de joie. Vous en croirez Plautine à qui je vous renvoie. Je n'en suis point jalouse , et le dis sans courroux : Vous n'aimez que l'empire, et je n'aimois que vous. N'en appréhendez rien , je suis femme, et princesse, Sans en avoir .pourtant l'orgueil ni la foihlesse; Et votre aveuglement me fait trop de pitié Pour l'accabler encor de mon inimitié.

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