‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 2 sur 292 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PERPENNA, AUFIDE

PERPENNA

D'otT mie vient ce désordre, Aufidè? et ^Ue vetit dire Que mon cœur sur mes vœux garde si peu d'ecçipirçîj*

^ On doit être plus «crapuleux sur Serforiua que sur les qu(iti;0 ou cinq pièces précédentes , parce que celle - ci vaut mieux. ;Cette première scène parait intéressante; lea remords d'au homme>qui Veut assassiner son général, font dVbord impression. ,

• • Ij'ablié d'ÂttbtgfiaCy malgré raTeuglé^ent de sa halntf pour Cot-^ mile f a i^aisdn de iteprendre ces expressions , que Peut • dire qu'un cmur garde peu d'empire 'éur deè- vœuxfVù'tnXVb ces Ters de gali'^ matùiê i mais il devait ajouter 4^^ cette manière de parler \ que Veut dire au lieu de pourquoi, eel'il poaeibie ^ comment ^epeut-^il, etc. y était d'usage avant CorneiUe. Malherbe dit , en parlant, du maria^ de Louis XIIX arec Tinfante d'Espagne .: Son Loftis sovpire Vin. 3

i8 SERTORIUS.

L'horreur que malgré mol me fait la trahison '

Après «et appa»

Qoe veat-elle dire De ne Tenir pas?

Cette ridicule stance de Malherbe n'excuse pâs Corneille , mais elle fait voir combien il a fallu de temps pour épurer la langue , pom* la rendre toujours naturelle et toujours noble, pour s'élever audessus du langage du peuple , sans être guindé.

* L'horreur que , malgré moi, me fait la trahison Contre tout mon Àpoii* révolte ma raiioii. '

Le premier vers est bien ; le second semble pouvoir passer à Taide des autres , mais il ne peut aoutenir Texamen. On voit d'abord que le mot raison n'est pas le mot propre : un crime révolte le cœur , l'humanité ,,. la vertu ; un aj^m» faux 9t dangereux jrévolte la raison. Cette raison ne peut étt*e Yévôltéë contre toul un espoir. Le mot de ioul mis avec espoir est inutile et faible; et cela seul suffirait pour défigurer le plus beau vers* Examinez encore cette phrase, et vous verres que le sens en est .faux. L'horreur que me /ait la trahison révolte ma raison contre mon espoir signifie précisément empêche ma raison d'espérer ; mais que Perpenna ait des remords ou non , que l'action qu'il médite lui. paraisse pardonnable on horrible , cela n'çmpéchera pas la raison de Perpenna d'espérer la place de Sertoritis. Si on examinait ainsi tons les vers , on en trouverait beaucoup plus qu'on ne pense défectueux , et chargés de mots impropres. Que le' lecteur applique cette remarque à tous les vers qui lui 'feront de la peine , qu'il tourne le vers en prose , qu'il voie si les paroles de c«lte prose sont précises , si le sens est clair , s'il est vrai , s'il n'y a rien de trop ni de trop peu ; et qu'il soit sûr que tout vers qui n'a pas la netteté et la précision de la prose la pk|s exaefe» Ae>viMI:rien'^. Les vers « pour être bons , doivent avoir tout le iaéctte d'une ptôse p«irfaite, en s'élevajat aunlessus d'^U)^ par le rhythme, la cadeoiiey la mélodie , et par la sage ttaidiesse des l^gures«

* Si Tohaire eût voulu se Rappeler qoe la poésie et la prose sont deux laagnes^ essentiellement difféi'entes , il eût bientôt reconnu e^mbièn son paradoxe était insoutenable ; et e*csC ce qn*il eût encortr mieux senth; sH eût fait Tessai de sa méthode, npnswr de manvais vers , qu'il pouvait très

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