‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 20 sur 292 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Et de ServUius Tastre prédominant Dissipa tout d*un coup ce bonheur étonnant. Ce grand roi fat défait, il en perdit la vie , Et laissoit sa couronne à jamais asservie. Si pour briser les fers de son peuple captif Rome n'eût envoyé ce noble fugitif.

Depuis que son courage à nos destins préside, Un bonheur si constant de nos armes décide. Que deux lustres de guerre assurent nos climats Contre ces souverains de tant de potentats. Et leur laissent à peine, au bout de dix années , Pour se couvrir de nous, Tombre des Pyrénées.

Nos rois, sans ce héros, l'un de l'autre jaloux. Du plus heureux sans cesse auroient rompu les coups; ' Jamais ils n'auroient pu choisir entre eux un maître.

THAMIRE

Mais coiisentiront-ils qu'un Romain puisse Tétre ?

VIRIATE

U n'en prend pas le titre, et les traite d'égal : Mais, Thamire,' après tout, il est leur général; Ils combattent sous lui, sous son ordre ils s'unissent; Et tous ces rois de nom "^ en effet obéissent, Tandis <{ue de leur rang l'inutile fierté S'applaudit d'une vaine et fausse égalité»

1 Rompre lea coup» du plus heureux ; avoir l'ombre et une montagne pour ae couvrir, un bonheur qui décide des arme», tout ceU est impropre , irrégulier , obscar.

'*' Racine t'est approprié cette belle expression dans Mithridate : Reinff long-temps de nom , mais en eCfct captire , dit Monime, en parlant d*elle-'mém«.

TIII. 4

5o SERTORIUS.

THAMIKE.

Je ti'ose vous rien dire après cet avantage^

Et youdrois comme vous faire grâce à son âge ;

Mais enfin ce héros sujet au cours des ans ,

A trop long-temps vaincu pour vaincre encor long-temps ^

Et sa mort....

VIRIÀTE.

Jouissons y en dëpit de l'envie.

Des restes glorieux de son illustre vie : Sa mort me laissera pour ma protection La splendeur de son ombre et l'éclat de son nom. ' Sur ces deux grands appuis ma couronne affermie Ne redoutera point de puissance ennemie ; Ils feront plus pour moi que ne feroient cent rois. Mais nous en parlerons encor quelque autre fois. Je l'aperçois qui vient.

> Ces figures outrées ne réussissent plus. Le mot d*ombre est trop le contraire de splendeur / il n'est pas permis non phis à une femme telle que Yiriate de dire que Tombre d'un général mort protégera plus l'Espagne que ne feraient cent rois : ces exagérations ne seraient pas même tolérées dans une ode. Le vrai doit régner partout , et surtout dans la tragédie. La splendeur d*one ocnbre a quelque chose de si contradictoire y que cette expression dégénère en pore plaisanterie.

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