‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 22 sur 292 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Il e$t eouTèrt dé gloire^ il est plein de valeur ; De toute votre Espagne il. a gagné Testime ,' * '

Libéral^ intrépide^ a£&Me^ mdgtianime; ]Enfin c'est Perpenna sur qui vous emportez...;

VIRIATB.' '

J'attendois votre notn aj^rès ces qualités ;

Les éloges brillants que vous daignez y joindre

Ne me perméttoient pas d'espéïier rien de moindre r

Mais certes lé détour estun peu sturprenant.

Vous donnez une reinp à votre lieutenant!

Si vos Romains ainsi choisissent des maîtresses , *

A vos derniers tribuns il faudra des princesses. ' -

SERTORIUS

Madame ••.'•

yiRIATE.

Parlons net sur ce choix d'un époux. .

Êies-vous trop pour moi? suis-je trop peu pour vous? C'est m'offrir,, et ce mot peut blesser les oreilles : Mais un pareil aniour sied bien à mes pareilles : '

il a la valeur (Hun Romain; mais il ne suffit pas qu'on puisse l'entendre y il faut qu'on ne puisse pas l'entendre autrement.

> Cette réponse est fort belle > elle doit toujours faire un grand effet. Les vers suivans semblent Taf^iiblir. Parlons net sent un poa trop le dialogue de comédie ; et le mpt de maîtresse n'a jamais été employé par Racine dans tes bonnes pièces. '*'

* Un amour qui sied bien ou qui sied mal ne peut se dire ; il semble qu'on parle d'un ajustement. On doit éviter le mot de mes pareilles y il est plus bourgeois que noble. ,

* On le trouTe dans Bajazet, dans Britannicus , daus Mithridate , et par conséquent dans les bonnes pièces de Racine. Voluire Ini-méme Ta employé plus d'ane fois dans Zeire, P.

54 SERTORIUS. '

Et je veux bien^ seigneur , cp'on sache désoraxai» Que j'ai d'asses boiis yeux pour voir ce ^le je fiû6« Je le dis donc tout haut^ afin que l'oii m'entende : * Je veu^ bien un Romain , mai» je ^eux qu'ilçonunaîide; Et ne trouverois pas vos rois à dédaigner ^ N'étoit qu'ils savent mieux obëir 'que régnek Mais si de leur puissance ils vous laissent l'arbitre ^ * Leur foiblesse du moins en conserve le titre : Ainsi ce noble orgueil qui vous prefôre à tous En préfère le moindre à tout autre qu'ià vous; ^ Car ei^n y pour remplir l'hôimeur de ma naiseanee/^ Il me faudroit un roi de titre et de puissance : ^^

^ Viriate n'élève pas ici la voix ; elle parle devant ta confidb&tei qui connaît ses sentiméns : aiosi ce vers n'est qu'un vers de comédie> qui ne devait pas avoir place dans une scène noble.

. ^ Être arbitre des rois se dit très bien , parce qu'en effet des rois peuvent choisir ou recevoir un arbitre. On est l'arbitre des lois y parce que souvent les Ims sont opposées l'une à l'autre ,- l'arbitre 'des états qui ont des prétentions , mais non' psa l'arbitre de laf pviss<y3ee ^ encore moins a-t-ou le titre de sa puissance.

S lElle vetit dire "préfire le moindre des rois à tout autre Ilomain que vous.

4 On soutient l^onneur de sa naissance , on remplit les devoirs de sa naissance , mais on ne remplit point un lionneur. Encore une fois rien n'est si rare que le mot propre. .

^ On dit bien , un roi de nom ; par exemple , Jacques II fut roi de nom , et Guillaume resta roi en effet; mais on ne dit point roi de litre : on dit encore moins roi de puissance ; cela n'est pas français. Toutes ces expressions sont des barbarismes de phrase; maïs le sens est fort beau , et tous les sentiméns de Viriate ont de la dignité.

Je pense m'en devoir ou ie pouvoir $ana nom , ou le nom ^ana pou^ voir. Voilà de ces jeux de mots qu'il faut soigneusement éviter; et si

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