‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 23 sur 292 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Mais commç il n'en est plus^ je pense m'en devoir Ou le pouvoir sans nom ^ ou le nom sans pouvoir.

6EaTORIUS.

J'adore ce grand cceur qui rend ce qu'il doit rendre

Aux illustres aïeux dont on vous voit descendre. ^

A de moindres pensera son orgueil abaissé

Ne soutiendroit pas bien ce qu'ils vous ont laissé.

Mais puisque ^ pour remplir la dignité royale ,

Votre haute naissance en demande une égale ,

Perpenna parmi nous est le seul dont le sang

Ne méleroit point d'ombre à la splendeur du rang; *

Il descend de nos rois et de ceux d'Étrurie.

Pour moi, qu'uii sang moins noble a transmis à la vie,

Je n'ose m'éblouir d'un peu de nom fameux , ^

on se permet cette licence , il faut du moins s*exprimer avec netteté et correctement. Se devoir le pouvoir d'an roi sans nom est un barbari^me et une construction très vicieuse»

1 Cette expression ne paraît pas jnste; on ne voit penonne des* cendre de ses aïeux. Racine dit , dans Jphigénie :

Le sang de ces béros dont tu toe fais descendre ; mais non pas , le •ong dont on me voit descendre,

* Qn'est-^ce qu'un sang qui ne mêlerait point d'ombre à une splendeur? On ne peut trop redire que toute mélapbore doit être juste et faire une image vraie.

3 Le mot de peu ne convient point à uu nom; un peu de gloire*, un peu de renommée , de. réputation , de puissance , se dit dans toutes les langues , et un peu de nom , dans aucune. Il y a une grammaire commune i toutes les nations , qui ne permet pas que les adverbes de quantité se joignent à des choses qui n'ont pas de quantité. On peut avoir plus ou moins de gloire ou .de puiasance , mais non pas plua ou moins de nom.

56 SERTORIUS

Jusqu^à déshonorer le trône par mes vœux, f

Cessez de m'estimer jusqu'à lui Êiire injure :

Je ne veux que le nom de votre créature ; •

Un si glorieux titre a de quoi me ravir; '

Il m'a fait triompher en voulant vous servir; ^

Et malgré tout le peu que le ciel m'a fait nattre.*.. ^

VIRIATE

Si vous prenez ce titre ^ agissez moins en mettre , Ou m'apprenez du moins ^ seigneur, par quelle loi Vous n'osez m'accepter, et disposez de moi. Accordez le respect que mon trône vous donne *

1 n est étrange qne Corneille taêêe parler ainsi an Romain , après avoir dit ailleurs ^ pour êtreplua qu'un roi, tu te crois quelque chose , et après avoir répété si souvent cette exagération prodigieuse , qu'i7 ny a point de bourgeois de Rome qui ne eoii au-dessus de tous les rois. Ces manières si différentes d^envisager la même chose font hîen. voir que Tarchevéque Fénelon et le marquis de Vauvenargue avaient raison de dire que Corneille atteignit rarement le véritable but de la tragédie , et que trop souvent , au lieu d'émouvoir , il exagérait ou il dissertait

A Créature, ce mot dans notre langue n'est employé que pour les subalternes qui doivent leur fortune à leurs patrons , et semble ne paA convenir à Sertorius.

^ Ce titre n'est ]^oint glorieux ; il n'a point de quoi ravir» Ce mot ravir est trop fumilier.

4 Par la construction de la phrase, c'est le glorieux titre qui a voulu servir Viriate.

^ Jbut le peu est une contradiction dans les termes ; les mots de peu et de tout s'excluent l'un l'autre.

6 On ne donne point du respect] on l'impose, on l'imprime , on rinspire, etc.

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