ACTE II, SCÈNE II
Mais commç il n'en est plus^ je pense m'en devoir Ou le pouvoir sans nom ^ ou le nom sans pouvoir.
6EaTORIUS.
J'adore ce grand cceur qui rend ce qu'il doit rendre
Aux illustres aïeux dont on vous voit descendre. ^
A de moindres pensera son orgueil abaissé
Ne soutiendroit pas bien ce qu'ils vous ont laissé.
Mais puisque ^ pour remplir la dignité royale ,
Votre haute naissance en demande une égale ,
Perpenna parmi nous est le seul dont le sang
Ne méleroit point d'ombre à la splendeur du rang; *
Il descend de nos rois et de ceux d'Étrurie.
Pour moi, qu'uii sang moins noble a transmis à la vie,
Je n'ose m'éblouir d'un peu de nom fameux , ^
on se permet cette licence , il faut du moins s*exprimer avec netteté et correctement. Se devoir le pouvoir d'an roi sans nom est un barbari^me et une construction très vicieuse»
1 Cette expression ne paraît pas jnste; on ne voit penonne des* cendre de ses aïeux. Racine dit , dans Jphigénie :
Le sang de ces béros dont tu toe fais descendre ; mais non pas , le •ong dont on me voit descendre,
* Qn'est-^ce qu'un sang qui ne mêlerait point d'ombre à une splendeur? On ne peut trop redire que toute mélapbore doit être juste et faire une image vraie.
3 Le mot de peu ne convient point à uu nom; un peu de gloire*, un peu de renommée , de. réputation , de puissance , se dit dans toutes les langues , et un peu de nom , dans aucune. Il y a une grammaire commune i toutes les nations , qui ne permet pas que les adverbes de quantité se joignent à des choses qui n'ont pas de quantité. On peut avoir plus ou moins de gloire ou .de puiasance , mais non pas plua ou moins de nom.
56 SERTORIUS
Jusqu^à déshonorer le trône par mes vœux, f
Cessez de m'estimer jusqu'à lui Êiire injure :
Je ne veux que le nom de votre créature ; •
Un si glorieux titre a de quoi me ravir; '
Il m'a fait triompher en voulant vous servir; ^
Et malgré tout le peu que le ciel m'a fait nattre.*.. ^
VIRIATE
Si vous prenez ce titre ^ agissez moins en mettre , Ou m'apprenez du moins ^ seigneur, par quelle loi Vous n'osez m'accepter, et disposez de moi. Accordez le respect que mon trône vous donne *
1 n est étrange qne Corneille taêêe parler ainsi an Romain , après avoir dit ailleurs ^ pour êtreplua qu'un roi, tu te crois quelque chose , et après avoir répété si souvent cette exagération prodigieuse , qu'i7 ny a point de bourgeois de Rome qui ne eoii au-dessus de tous les rois. Ces manières si différentes d^envisager la même chose font hîen. voir que Tarchevéque Fénelon et le marquis de Vauvenargue avaient raison de dire que Corneille atteignit rarement le véritable but de la tragédie , et que trop souvent , au lieu d'émouvoir , il exagérait ou il dissertait
A Créature, ce mot dans notre langue n'est employé que pour les subalternes qui doivent leur fortune à leurs patrons , et semble ne paA convenir à Sertorius.
^ Ce titre n'est ]^oint glorieux ; il n'a point de quoi ravir» Ce mot ravir est trop fumilier.
4 Par la construction de la phrase, c'est le glorieux titre qui a voulu servir Viriate.
^ Jbut le peu est une contradiction dans les termes ; les mots de peu et de tout s'excluent l'un l'autre.
6 On ne donne point du respect] on l'impose, on l'imprime , on rinspire, etc.